Bureau Politique
Jeunesse Socialiste
Femme Socialiste
Médias
Administration
Commissions
Webmaster


Nouvelles
“50 ans après l’appel de Tanger, le projet maghrébin
est resté subordonné aux raisons d’Etat”

La réunion de Tanger qui a vu naître le projet maghrébin fête son cinquantenaire à la fin de ce mois d’avril. Le sujet passionne l’Usfpéiste
F. Oualalou qui a consacré plusieurs ouvrages
à l’intégration maghrébine. Chaussant les lunettes du passé pour feuilleter l’album de rencontre des leaders
marocains, algériens et
tunisiens un certain 27 avril 1958, celui qui faisait partie à l’époque des Jeunesses
scolaires se projette dans l’avenir. Le Maghreb est aussi l’avenir de l’Union pour la Méditerranée. Entretien.

Libération : L’appel de Tanger fête son cinquantenaire dans quelques jours. Que faut-il en retenir aujourd’hui ? Et comment vivre cette actualité maghrébine tout en se replongeant dans le passé ?
Fathallah Oualalou : Il faut d’abord rendre hommage aux précurseurs. J’étais à cette époque un jeune militant de la Jeunesse Scolaire et je vivais avec beaucoup de passion cette réunion tenue à Tanger. Je me rappelle notamment deux photos. Dans l’une de ces photos, on pouvait voir tout le monde : Allal Al Fassi, Balafrej, Ben Barka, Abderrahim Bouabid. Pourquoi une telle photo importante ? A cette époque le parti était en crise. Nous sommes en avril 1958 et quelques mois plus tard, on assistait à la scission. Lorsque, jeunes militants, nous avions vu cette photo, nous nous étions dit naïvement que tout allait bien…
La deuxième photo est celle où figure la délégation du FLN. A ce moment-là, tout le monde dans le mouvement national était autant marocain qu’algérien. Nous étions tous dans le processus de la « révolution algérienne ». C’était donc avec beaucoup de sympathie que le Maroc était l’hôte de cette délégation. Il y avait bien sûr Ferhat Abbas, Mehri. Du côté tunisien, on retrouvait notamment Bahi Laghdam, un homme important du mouvement destourien.
Je crois que trois éléments ont été déterminants pour cette réunion. D’abord, nous étions dans un moment de solidarité avec l’Algérie. Il faut se souvenir que c’est bien lors de cette conférence de Tanger qu’il y a la fameuse recommandation pour la création du GPRA, le gouvernement provisoire algérien qui allait devenir l’instrument diplomatique de la lutte pour l’indépendance. C’est aussi la reconnaissance par le Maroc et la Tunisie qui a permis au GPRA une reconnaissance diplomatique internationale et un instrument de travail au niveau de l’ONU.
Autre élément fondamental : nous sommes en 1958, année de l’union entre le Caire et la Syrie sous la direction de Nasser. Il y a même eu un débat au cours duquel les observateurs du Baath ou ceux liés au Nassérisme ont reproché aux Maghrébins de tenir réunion à Tanger. Et ce parce qu’ils considéraient qu’il s’agissait d’une déviation à la perspective d’une union globale du monde arabe. Les maghrébins avaient –et l’histoire leur a donné raison- accordé une prééminence à l’approche régionale.
Dernier élément fondamental et seul Abderrahim Bouabid en avait conscience, l’intégration maghrébine face à celle européenne. La réunion du 27 avril 1958 a été organisée 4 mois après le début des discussions de l’accord de Rome et la création de la CEE. Dans cette initiative Maghrébine, il y avait la nécessité de créer une sorte d’intégration du Maghreb pour répondre à l’intégration européenne. Ne l’oubliez pas, nous sommes dans une phase de lutte de la colonisation, l’Algérie était toujours sous le joug de la colonisation française.
La conférence de Tanger a produit une résolution sur l’unité du Maghreb arabe, allant jusqu’à proposer des structures communes aux trois pays et recommander une forme fédérale à cette union. Que s’est-il passé ou que ne s’est-il pas passé pour que le rêve d’intégration maghrébine s’écroule et que plus personne n’y croit ?
C’est une réunion fondamentale dans l’Histoire du Maghreb. L’idée d’un rapprochement des pays du Maghreb dans la lutte contre la colonisation pré-existait même dès 1920 ou encore les années 50 dans le cadre du bureau du Maghreb arabe au Caire. Mais c’est à Tanger où l’on a conceptualisé le Maghreb. Il y a eu une sorte d’engagement après l’indépendance de l’Algérie, les trois pays –voire quatre, avec la Libye car au lendemain de la conférence de Tanger, Mehdi Ben Barka s’est rendu en Libye pour présenter les résolutions de Tanger au Roi Senoussi- devaient œuvrer pour l’unité et l’intégration maghrébine.
En fait, après les indépendances, l’approche de la constitution de l’Etat a prévalu. C’est l’Etat-nation. Chacun a commencé à s’occuper de lui-même, et, en plus, dans le cadre d’une confrontation idéologique nourrie par la guerre froide. Je pense notamment au Maroc, l’Algérie et un peu plus tard la Libye. Les politiques économiques étaient contradictoires mis à part le fait que la Tunisie et le Maroc avaient dès le départ noué des relations spécifiques avec l’Union européenne. Ailleurs, en Algérie notamment, c’est l’étatisme qui dominait.
Il est certain que les conflits géo-politiques –frontières, Sahara- sont devenus à partir de 1974 un obstacle à l’intégration maghrébine.
Cinquante ans après la réunion de Tanger, on constate que l’ancienne CEE qui regroupait au départ 6 pays, est aujourd’hui une union européenne très forte et compte en son sein 27 pays solidaires. Cette union a été construite de manière progressive sur la base de politiques solidaires et à partir de plusieurs élargissements.
Pendant ce temps, de l’autre côté au Sud, on assiste à la désintégration. Ce qui est assez curieux, c’est que depuis la fin des années 90, les politiques économiques des pays maghrébins se rapprochent totalement. A des degrés différents, ils adhèrent à des logiques de l’ouverture et de la réforme. Tous ont signé des accords avec l’Union européenne, avec l’OMC. Tous ont changé les rapports entre le public et le privé. Au niveau idéologique, il y a également un rapprochement, la disparition de l’Union soviétique a permis cela. Malgré tout cela, le Maghreb est la seule région au monde où la logique régionale n’existe pas. C’est aussi la seule région au monde où les frontières terrestres sont fermées.
Justement, pourquoi le projet maghrébin ne s’est-il jamais imposé comme axe stratégique pour les différents acteurs nationaux qui ont pensé cette unité? On a le sentiment que l’intégration maghrébine est restée subordonnée aux raisons d’Etat…
Effectivement, le projet maghrébin est resté subordonné aux raisons d’Etat et en même temps à un manque d’humilité et de réalisme de la part de tout le monde. Il y a un fait qui s’impose à tous, la globalisation. Il n’y a que la logique régionale à être le moyen auquel s’attaquent tous les pays pour pouvoir devenir un acteur dans cette globalisation et par conséquent fuir la marginalisation. L’idée de l’union pour la Méditerranée est due au fait que le partenariat euro-méditerrannéen défini à Barcelone n’ a pas pu avancer totalement, pour des considérations liées la situation au Moyen-Orient, aux tensions qui déstabilisent la région. Résultat, toute la Méditerranée est aujourd’hui un lieu de passage et non un lieu de rayonnement. C’est un lieu de production de pétrole, c’est tout. On constate d’ailleurs que le rythme de développement dans notre région euro-méditerranéenne est inférieur à ce qu’il est dans le reste du monde, comme en Asie par exemple. De plus, au Sud, la croissance a un caractère rentier. Elle est essentiellement liée à la hausse ou baisse du prix du pétrole. Ce n’est pas une croissance saine, elle est même dangereuse pour l’avenir. En dehors du fait qu’il est nécessaire pour ces pays d’adhérer à la logique de la réforme, l’intégration s’impose.

“Les réconciliations internes au Maroc et en Algérie doivent permettre la réconciliation entre les deux pays”

Vous évoquez l’Union pour la Méditerranée. Ne faut-il pas craindre qu’une telle union défendue notamment par Sarkozy ne vienne kidnapper, phagocyter l’Union du Maghreb ?
Pas du tout. L’union pour la Méditerranée a abouti à un consensus européen pour préparer le prochain sommet qui aura lieu à Paris, en juillet. Il s’agira essentiellement d’un redéploiement du partenariat euro-méditerranéen mais avec un apport politique pour pousser les Européens à plus d’intérêt vis-à-vis de la Méditerranée, notamment avec une approche, un projet sur la sécurité, l’énergie, l’environnement, l’eau, etc. Le Maghreb fait partie de cette Méditerranée. Il est certain qu’un Maghreb qui stagne n’aidera pas l’union pour la Méditerranée à s’imposer.
Mais une intégration maghrébine est-elle possible sans une réconciliation maroco-algérienne ?
Dans les années 70, j’avais un ouvrage intitulé «Le Maghreb, une utopie toujours possible ». Après l’émergence du partenariat euro-méditerranéen, j’ai publié l’ouvrage « Après Barcelone, le Maghreb est une nécessité ». Je dois avouer que l’on n’a pas avancé. Deux générations ont échoué : la génération nationaliste et celle d’après les indépendances.
Sur le plan économique, il y a des rapprochements, mais des rapprochements parallèles. Chacun mène sa propre politique dans les réformes sans qu’il y ait entre nous des interférences. Les instances internationales comme le FMI, la Banque Mondiale réunissent depuis 4 ans les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales pour discuter de l’intégration financière. Vous parlez de réconciliation entre le Maroc et l’Algérie. Je voudrais dire qu’avec courage le Maroc a entrepris des réconciliations internes menées par SM le Roi : avec ses femmes, son passé, son amazighité ou encore avec des régions jusque-là marginalisées. On constate aussi que le Président Bouteflika a pris l’initiative d’une réconciliation interne, la conciliation nationale, après les événements de la décennie 90. Je pense que ces deux réconciliations internes doivent avoir un prolongement, celui de la réconciliation du Maroc et de l’Algérie. Il me semble que tous ceux qui ont agi pour réconcilier leur propre peuple doivent aussi faire quelque chose pour cette génération montante. C’est pour l’histoire, c’est aussi pour nos enfants. Avec beaucoup de courage, il faut aller dans le sens du rapprochement et de l’intégration pour nous permettre à nous et à nos enfants de ne pas se marginaliser et d’être des acteurs dans cette Méditerranée



Maroc-Algérie, le couple infernal ?

En réunion fermée et à laquelle assistaient d’anciens responsables, Fathallah Oualalou a interpellé les Européens pour qu’ils adhèrent réellement et de façon opérationnelle au partenariat euro-méditerranéen. Le fait n’est ni surprenant ni étranger. Il est de coutume dans ces rencontres où l’on pense la Méditerranée que les pays du Sud interpellent ceux d’une opulente Europe.
Un ancien ministre espagnol, fin connaisseur de la région, eut alors cette réponse pour l’ancien argentier du Royaume. « Ce que vous dites est tout à fait légitime. Mais pourquoi le Maroc et l’Algérie ne font pas ce que nous faisons pour le Maroc et l’Espagne. Entre le Maroc et l’Espagne, il y a des sujets sur lesquels les Européens ne sont vraiment pas d’accord, notamment en ce qui concerne Sebta et Mellilia. Pourtant nous travaillons ensemble. La coopération est bonne. Une telle dynamique pourrait permettre de résoudre tous les problèmes et contentieux ».
Question de bon sens ou de calcul stratégique ? Peu importe, les peuples qui avancent sont ceux qui savent aussi mettre de côté les contentieux.
N.R



Le Maghreb, ce grand marché qui s’ignore

Face à une mondialisation effrénée, l’intégration maghrébine s’impose aux pays de la région. F. Oualalou en est convaincu : la raison économique finira par l’emporter sur d’obscures raisons d’Etat. Le rapprochement maghrébin trace bien sûr les contours d’un grand marché, forcément attractif pour les investisseurs étrangers. « Il serait aussi judicieux de mettre en place une stratégie commune en matière d’énergie. Cela permettra à l’Algérie par exemple d’élargir son marché dans la distribution du gaz. De la même manière, on peut penser à une politique commune d’engrais avec les phosphates et les gaz. Ce sont là des questions qui s’imposent au regard des hausses des prix alimentaires et ceux de pétrole », fait observer ce membre dirigeant de l’USFP.
N.R


Entretien réalisé par Narjis Rerhaye





Habib El Malki: “C’est le social qui tirera la croissance vers le haut”


Élection du bureau politique de l'USFP :
Driss Khrouz, directeur général de la Bibliothèque nationale :
La Fédération renforce sa présence à la Chambre des conseillers
Fathallah Oualalou brigue le poste de 1er secrétaire de l’USFP
Union de la gauche:
REFLEXIONS SUR LA REFONDATION DU MOUVEMENT SOCIALISTE (1)
Habib El Malki: “C’est le social qui tirera la croissance vers le haut”