 C'est à Fès, lieu des rencontres hebdomadaires, que
j'ai rencontré pour la première fois Mehdi. Etudiant
encore à l'Université d'Alger, il prenait le train
spécialement pour participer aux réunions des cellules
de l'action nationale. Il avait une activité
débordante. Un témoignage pour l'Histoire : Mehdi Ben
Barka était brillant et d'une intelligence rare.
A peine âgé de quinze ans, Mehdi Ben Barka est déjà un
membre actif du mouvement national. A partir de Rabat,
son action rayonnait sur tout le Maroc. Contraint par
les fonctions qu'il occupait, direction du parti, il
quitta la fonction publique en tant qu'enseignant de
mathématiques. En échange le parti lui a consenti une
modeste compensation.
Au cours de l'élaboration du projet de la Charte pour
l'indépendance, il a été procédé à la nomination de ce
nouveau groupement politique pour cette époque de
«Parti de l'Istiqlal». Mehdi, et moi personnellement,
avons émis des réserves à cette appellation.
L'indépendance, oui mais pourquoi le nom «parti»
Nous avons pensé que «Front National» serait plus
adéquat aux structures et aux différentes composantes
du nouveau mouvement. Nous ne pouvions être obnubilés
par des chimères sachant que la lutte serait longue
et que les compromis ou les règlements sont porteurs
de contradictions et de scissions. Il était préférable
qu'il n'y aurait pas de répercussions sur l'unité de
l'Organisation en tant que parti.
Une fois d'accord sur le nom de Parti de l'Istiqlal,
il était urgent de prendre les initiatives nécessaires
en vue de renforcer les rangs du parti de nouveaux
militants. L'enthousiasme des jeunes, les lauréats des
lycées et des établissements berbères, était grand.
Parmi eux les anciens élèves du collège d'Azrou.
L'enthousiasme national des jeunes berbères, issus du
Moyen Atlas, dénote un échec de la politique des
autorités du protectorat français.
Mehdi Ben Barka, brillant militant, au cours des
années 1940 et 1941, a formé les premiers noyaux en
organisant des rencontres, des voyages et des
conférences. La participation d'Abdelhamid Zemmouri et
de Si Ameur Ou Naceur lors de la présentation du
Manifeste de l'Indépendance au nom de toute la
jeunesse berbère. Une contribution historique,
efficace à notre cause nationale et un échec de la
politique berbère du protectorat français.
Suite aux incidents qui ont émaillé la présentation de
cette charte, nous étions , Mehdi et moi aux côtés des
militants détenus dans la prison de Laâlou où nous
avions établi un code pour nous communiquer.
Mehdi Ben Barka était un prisonnier comme nous mais
une certaine mobilité de mouvement lui procurait des
informations. La fille du directeur de la prison
préparait les examens du baccalauréat et avait besoin
de cours de soutien en mathématiques. Le directeur
invitait Mehdi chez lui. Ce qui lui permettait de
communiquer facilement avec d'autres frères.
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