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Intervention de Mohamed ELYAZGHI lors du Conseil National:

Avant tout, je voudrais vous remercier pour l’appel que vous m’avez adressé pour que je poursuive mon activité. Je dois néanmoins vous réaffirmer que j’ai quitté mon poste de premier secrétaire du parti et que je n’y retournerai pas. Je poursuivrai mon activité en tant que membre du Conseil national aux côtés des militants au service de l’unité de l’USFP, son redressement et son renforcement à l’horizon du 8ème Congrès national. A ce sujet, je confirme que je n’y postulerai aucune responsabilité. Je vous promets que je demeurerai au service du parti, de la Nation et du peuple marocain.
J’estime qu’il est de mon devoir de vous soumettre quelques données et renseignements à propos de ce qui s’est passé durant ces dernières semaines et particulièrement en ce qui concerne l’après constitution du gouvernement actuel.
Des membres du Bureau politique ont fait l’effort de réfléchir aux moyens de sortir de la crise que vous et l’opinion publique ressentez. Il leur est apparu qu’il est nécessaire de provoquer un grand choc par le retour à la direction collégiale qui avait été adoptée par l’Union nationale des forces populaires au début, et ce pour que l’USFP retrouve confiance. La direction collégiale induit à ce propos que le Bureau politique n’ait pas de premier secrétaire ni d’adjoint à celui- ci.
En ce qui me concerne, j’ai dit que je suis pour ce choc en rappelant que la direction collégiale ne nous sortirait pas de la situation actuelle. J’aurais dû clarifier davantage ma position puisque beaucoup de militantes et militants ne connaissaient pas les conditions qui avaient conduit à l’adoption de la direction par l’UNFP. La raison en était extrêmement simple, puisque Mahjoub Benseddik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail et feu Fquih Basri ne voulaient ni de Mehdi Ben Barka ni de Abderrahim Bouabid comme secrétaire général. Ils avaient pour seul et unique candidat à ce poste feu Abdellah Ibrahim. Même après la démission du gouvernement de Ahmed Balafrej en 1958, ils ont proposé à Feu Mohammed V que Abdellah Ibrahim, soit nommé à la Primature.
En ces temps-là, nous étions jeunes et nous avions mené une large campagne pour expliquer ce qu’est la direction collégiale, ses bienfaits, son caractère démocratique, etc.
La question qui nous interpelle est de savoir comment cette direction collégiale a fini. Mehdi Ben Barka est parti à l’étranger pour établir un lien entre la lutte contre l’absolutisme à l’intérieur et le combat contre l’impérialisme à l’étranger. Il en a payé le prix comme vous le savez. Pour sa part, Abderrahmane Youssoufi a rejoint l’organisation des avocats arabes comme secrétaire général adjoint et Fquih Basri n’avait comme seule et unique préoccupation que d’organiser la lutte armée. Nous lui avions, Habib Fourkani et moi même, rendu visite à Paris en 1968 et je lui avais dit que la résistance armée ne pouvait réussir contre un pouvoir national, mais contre le colonialisme. Nos chemins ont divergé depuis et nos relations sont demeurées sinon mauvaises, du moins inamicales. Fourkani lui aussi a choisi, comme vous vous en souvenez une autre voie. Qu’en est- il donc advenu de la direction collégiale ? Ses membres en provenance de l’UMT ont gelé leur activité, ce qui a conduit au gel de celle- ci et Abderrahim Bouabid est demeuré seul. Il n’a ni perdu confiance, ni abdiqué, menant ce parti aux côtés de compagnons qui lui ont accordé leur confiance et qui lui ont été fidèles vu sa grande ethique et sa volonté de conduire le parti à l’étape que nous avons vécue ensemble.
En 1975, nous avons demandé, Omar Benjelloun et moi-même, à Abderrahim Bouabid à être premier secrétaire. Il a refusé vu les problèmes que le mouvement progressiste a connus depuis le début de l’indépendance, mais nous avons insisté jusqu’à ce qu’il ait accepté. Ainsi a été formulée la mouture principale de la direction collégiale usfpéiste dans laquelle le premier secrétaire est le premier responsable.
L’alternative, à mon sens, aurait dû consister en la réunion du Conseil national pour préparer deux points essentiels comme cela est explicité dans les idées contenues dans la lettre que j’ai adressée aux usfpéistes et aux membres du Bureau politique en quittant mon poste en tant que premier secrétaire, et dont la plus importante concerne la préparation du Congrès national en vue d’affûter et de clarifier notre choix socialiste démocratique, afin que notre parti puisse mobiliser les jeunes Marocains et de dresser le bilan de la décennie passée pour en tirer les leçons.
S’il apparaît alors qu’il est nécessaire de changer notre ligne politique, nous la changerons sans porter atteinte au choix stratégique que nous avons adopté lors du Congrès extraordinaire de 1975 et validé lors des congrès qui l’ont suivi. Si nous dévions de cette stratégie, nous irons vers l’impasse. Un parti sérieux ne peut décider sur un coup de tête d’être dans l’opposition ou d’être dans le gouvernement. Les partis sérieux ne décident pas dans les affaires essentielles de manière abstraite. Nous ne devons pas oublier que nous avons vécu une expérience qui s’étale sur 10 ans. Nous devons en débattre dans notre congrès et l’évaluer à la lumière des données qu’elle a induites.
Les élections ont fait apparaître plusieurs réalités, entre autres, que nous avons été victimes de l’utilisation de l’argent sale. Le scrutin a également mis à nu des réalités organisationnelles et subjectives liées aux militants et aux instances….nous devons donc les analyser pour une réforme globale du parti, sa refondation et le renouvellement de sa direction.
Nous devons, lors des élections municipales de 2009 recouvrer notre force dans les grandes villes où nous avons perdu beaucoup de responsabilités en 1997 et 2003. Le Maroc de demain se construira dans les grandes métropoles, les villes moyennes et le monde rural. Même si nous gérons de nombreuses communes, il ne faut pas croire que la situation perdurera si nous ne mobilisons pas davantage le parti.
Votre Conseil a chargé ce Bureau politique de gérer la question de la formation du gouvernement lors de la première réunion que vous avez tenue après les élections et vous vous souvenez que nous avons été le seul parti à avoir réuni toutes ses instances nationales avant d’entamer les concertations avec le Premier ministre désigné. Et j’ai dit à celui- ci qu’il ne pouvait y avoir de négociations entre nous avant la tenue du Conseil national.
Lorsque les premiers rounds des négociations ont commencé, la première chose que j’ai évoquée fut le programme gouvernemental, et ce contrairement à ce qui a été colporté par les médias, puis la structuration du gouvernement.
J’ai proposé une nouvelle structure du gouvernement, mais Abbas El Fassi a rétorqué que, S.M le Roi ayant pris connaissance de la composition de celui- ci, il ne pouvait y toucher.
Vous savez néanmoins que cette structuration a été remaniée en deux points au moins. Les secteurs de l’Eau et de l’Environnement qui étaient rattachés au ministère de l’Equipement et du Transport, l’ont été à celui de l’Energie et des Mines, ce qui constitue une chose fondée et qui existe dans de nombreux pays. La Santé a été d’abord un secrétariat d’Etat rattaché à un grand département, à savoir le ministère des Affaires sociales, avant de devenir un ministère autonome.
Suite à vos recommandations, j’ai dit que notre parti ne pouvait être traité au vu de son seul poids électoral (cinquième sur l’échiquier), mais en tenant compte de son poids politique et de son poids réel dans le paysage politique national. J’ai donc proposé les 7 portefeuilles brigués par l’USFP.
Par la suite, le Souverain a contacté Abdelouwahed Radi pour lui demander si Mohamed Elyazghi ne voulait pas que l’USFP participe au gouvernement en posant des conditions contraignantes. Ma réponse a été indirecte : il s’agit de négociations et le Premier ministre peut être d’accord avec nos demandes ou les rejeter. Le Bureau politique s’est par la suite réuni pour débattre de cela et il est apparu que l’évaluation de l’importance d’un portefeuille ou de l’autre différait d’un membre à l’autre.
Le Bureau politique s’est également mis d’accord à propos des secteurs qu’il faudrait éviter de demander et notamment ceux de l’Enseignement, des Finances et de l’Economie.
A ce même propos, Driss Jettou avait rencontré le Premier ministre désigné, Abbas El Fassi, en présence de Fathallah Oualalou et lui a dit : nous nous ne pouvons pas être au gouvernement, Oualalou et moi, puisque nous avons dressé les plans essentiels de l’économie et que je ne peux en faire partie, Oualalou doit figurer sur la liste de l’exécutif. Nous avons donc demandé de nouveau les portefeuilles des Finances et de l’Economie, mais la décision Royale a été autre.
Au cours des concertations, des difficultés sont apparues avec le Mouvement populaire. Ce dernier a décidé d’aller vers l’opposition. J’étais en ce moment en compagnie du Premier ministre jusqu’à minuit. Je l’ai quitté et me suis dirigé chez moi. A ce moment, le Souverain m’a appelé et m’a dit que le Mouvement populaire l’a informé qu’il se dirigeait vers l’opposition et que partant, ces portefeuilles seront répartis entre les autres partis participants.
Des portefeuilles et des noms de leurs titulaires qui ont été choisis pour nous, nous ont été proposés. Nous avons refusé et nous avons été le seul parti à qui aucun nom n’a été imposé. Concernant les ministères dont nous avons obtenu les portefeuilles, il y a celui de la Justice qui est considéré comme l’un des ministères les plus importants du fait que les revendications essentielles des Marocains ont trait à la réforme de la Justice. Le regretté Mohamed Bouzoubaa a déployé des efforts gigantesques que l’Histoire retiendra.
Notre choix dans ce sens met une grande responsabilité sur nos épaules. J’ai choisi Abdelouwahed Radi pour que les juges ressentent que la désignation de l’ancien président du Parlement constitue un geste fort à leur endroit pour qu’ils participent à la réforme du secteur.
Il y a aussi le ministère de l’Industrie et des Nouvelles technologies, l’un des départements les plus importants du gouvernement actuel, particulièrement après que le Souverain a décidé de lui adjoindre le secteur des investissements. C’est ce ministère qui veillera à la création de postes d’emploi à l’avenir, en concomitance avec le ministère de l’Emploi qui veillera sur la formation pour ce faire, et ce en rapport avec ce qu’induiront les investissements extérieurs. Concernant le ministère de l’Emigration dont nous étions responsables et qui était rattaché au ministère des Affaires étrangères et qui relève de la Primature dans la nouvelle configuration, il n’est pas un ministère de consulats ou de postes diplomatiques, mais un département qui s’occupe des problèmes de plus de 3 millions d’émigrés marocains. Il présentera sa stratégie la semaine prochaine.
Pour sa part, le ministère d’Etat a été un geste du Souverain pour répondre à votre proposition de bénéficier d’un traitement particulier répondant au poids de votre parti politique. Son attribution à nous-même a été une décision Royale en réponse à une décision du Conseil national et conférant à notre parti une place particulière au sein du gouvernement actuel. Il ne s’agit nullement d’un ministère sans portefeuille ou sac à dos comme le soutient la presse de caniveau.
J’ai assumé ma responsabilité entière concernant les noms proposés et j’ai estimé qu’il était difficile de soumettre le sujet à débat au sein du Bureau politique pour éviter toute diffamation ou joutes oratoires inutiles.
Concernant l’élection du président de la Chambre des représentants, la position de l’Union socialiste a été claire. J’avais dit à Abbas Al Fassi qu’il ne faut pas confondre entre les institutions et que ce n’est qu’après la formation du gouvernement que la majorité devait examiner la question de la présidence du Parlement. Il s’est avéré qu’il s’est engagé en faveur du Mouvement populaire à qui il avait promis cette présidence. A ce moment l’USFP a décidé de déposer la candidature de Abdelwahed Radi du fait qu’on ne pouvait être au courant de ce qui se passe au sein de la majorité qu’à travers les journaux. Cette dernière s’est réunie pour examiner cette question. Abdelwahed Radi nous a représentés dans cette réunion qui s’est conclue par un accord sur l’élection de Mustapha Mansouri du RNI.
Il faut regarder vers l’avenir et que personne n’exige des comptes à autrui. Nous sommes un parti qui fait des efforts. Nous pouvons avoir raison ou tort, mais l’essentiel, aujourd’hui, c’est de se diriger vers l’avenir.
Le paysage national est clair. Il y a un pôle de droite qui regroupe toute la droite et un pôle socialiste qui devra se renforcer. Cela dépend, cependant, de l’édification de notre outil partisan, de la clarification de notre projet que nous devons initier en tirant les conclusions et les enseignements qui s’imposent. Le reste ne m’intéresse guère. S’il ya quelqu’un qui veut organiser ces « libéraux modernistes », on ne peut entrer dans des luttes donquichottesques avec lui ou avec eux .
Pour la gauche, vous savez que nous l’avons appelée à agir, soit dans le cadre d’un même parti , soit pour le même combat. Mais il paraît que c’est la gauche « non gouvernementale » qui deviendra toute la gauche.
Nous sommes pour un front progressiste. Au sein de l’USFP, nous sommes concernés par l’unité de la gauche et des progressistes de notre pays pour mettre le peuple marocain devant des choix multiples. Pour réussir cette œuvre, chacun de nous doit demander des comptes à lui-même. On ne doit pas dire que ce qui s’est passé est causé par l’USFP. Notre congrès doit réviser ce qui doit l’être comme il doit garder à l’esprit que les élections du 7 septembre 2007 ont connu un point noir qui s’est imposé à toutes les forces politiques et à l’Etat. Il concerne le taux très élevé d’abstentions.
Je souhaite souligner, à cette occasion, que la défaite aurait pu être pire si 70% des Marocains avaient participé au scrutin et que nous ayons obtenu les mêmes sièges. On refuse, donc, d’accepter que l’on dise, aujourd’hui, que l’USFP est la cause de cet abstentionnisme. Personne n’a le droit de parler au nom de ceux qui n’ont pas pris part aux élections. Ce sujet exige des études que nous devons aussi analyser profondément au niveau des sections, des provinces et préfectures afin de faire de 2009 le point de départ d’une participation massive.
Nous devons lors de prochain congrès, auquel j’avais appelé dans le rapport que je vous ai présenté juste après les élections du 7 septembre, à ce qu’il soit ordinaire. Toutefois, ce que nous avons vécu plaide pour un congrès extraordinaire avec un certain amendement qui renforcera la présence des compétences.

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