 J’ai suivi durant la dernière session du Conseil national de l’Union socialiste des forces populaires, et j’accompagne autant que faire se peut et à différents niveaux, les débats des militantes et militants uspéistes.
Ce dialogue ouvert entre eux ou avec de tierces parties a trait aux spécificités de la conjoncture actuelle que vit notre pays et particulièrement notre parti. On peut affirmer que la quintessence de ce dialogue tend vers un horizon prévisible afin que notre parti ne devienne pas un parti « ordinaire » en dépit de ce qui s’est passé et de ce que nous constatons comme évolutions qui ne peuvent que faire de l’USFP un « parti ordinaire », tels que la régularité des rendez vous électoraux, la nature des relations politiques prédominantes, le processus de négociation ouvert, l’élargissement actuel du champ des libertés, le droit à l’expression qui est devenu une propriété collective ainsi que d’autres acquis fondamentaux dont d’aucuns oublient l’apport des usfpéistes et de la famille progressiste et démocratique dans la concrétisation par leurs sacrifices incommensurables ou grâce à la culture du consensus qui a été pour beaucoup dans la maturation des circonstances, des conditions et des personnes.
Il y a donc plusieurs éléments qui peuvent faire de notre parti qui est très enraciné, un parti « normal ». Les usfpéistes n’acceptent néanmoins pas que leur parti devienne « normal », ce qui participe d’un sentiment à la fois bon et noble. Comment pouvons-nous donc le concrétiser ensemble en volonté créatrice ? Comment pouvons-nous faire de l’Union socialiste un parti distinct ou un parti différent ? particulièrement en ces temps où tout le monde parle le même langage, utilise la même culture politique que l’on disait jadis importée par l’USFP et dont le parti a payé un lourd tribut pour la généraliser, la conforter et l’intégrer dans la pensée et la perception des Marocains.
Il est clair que le sentiment de distinction passe actuellement par un contexte différent. Hier, les usfpéistes différaient par leur discours qui leur avait coûté cher. Aujourd’hui, leur discours est confronté à une conjoncture qui minimise les discours et la pensée en général, déprécie les valeurs et les symboles ; il est caractérisé par une sorte de course vers un individualisme sauvage, l’exploitation des références collectives constitutives de la personnalité et de l’identité, et qui oriente les comportements et les relations sociales et la morale.
Le temps présent se caractérise par des sortes de catégorisations, de clonage, de nivellement et de recherche de la facilité et des idées toutes faites que d’autres ont peiné à ciseler et les solutions tellement confortables qu’on les croirait trouvées « au bord de la route ».
J’ai préalablement déclaré, écrit et publié en plus d’une occasion que ce qui différencie un mouvement politique et militant comme l’Union socialiste nécessite une recherche permanente de modèle, c’est-à-dire que le parti doit être porteur d’un projet global qui se traduit par une référence à même de lui permettre d’enrichir et de faire évoluer ses particularités. Et je ne conçois de modèle distinct et distingué sans que la modernité et la démocratie n’en soient les piliers. Je parle ici d’une modernité qui n’a rien à voir avec la modernité de l’exil et de l’extraversion ou avec une modernité qui consomme et ne produit point, qui s’importe et qui n’est pas créative. Je vise par la modernité, cette modernité authentique et enracinée dans le terreau social et dans la conscience des gens et non une modernité catégorielle, d’éblouissement, de clonage et des fausses formalités. Cette modernité ne peut faire partie ni de la pensée, ni de la société, ni l’économie, ni la culture et ni de la créativité en tous genres.
Le modèle ittihadi espéré est un modèle qui défend la souveraineté. Et je crois fermement que la démocratie est la voie la plus importante sinon la seule pour défendre la souveraineté. Tout dysfonctionnement dans l’édification démocratique peut avoir un impact négatif sur la puissance du Maroc, sa position et son image. Ce modèle repose sur la confiance via l’établissement de relations nouvelles entre l’Etat et la société, entre l’Etat et les partis et entre l’Etat nouveau et le citoyen nouveau.
Je crois que ce modèle se distingue par son rythme en ces temps de course dans tous les domaines. Afin de gérer la variable temps de ce modèle, nous devons le concevoir dans l’optique de l’étape que nous vivons. Malheureusement, nous continuons à gérer le facteur temps comme si nous vivions dans le passé et que nous ne faisions pas parie d’un temps où la célérité exige une autre cadence et un rythme différent. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir modernité sans que le facteur temps soit considéré. Le modèle que nous pouvons accepter pour nous-mêmes, doit être entièrement orienté vers l’avenir, ce qui m’offre l’occasion de dire avec clarté que le Mouvement ittihadi, pour se perpétuer, ne doit pas se cantonner dans un coin de l’histoire et s’alimenter de son passé militant rayonnant et intègre. Nous devons être conscients en tant qu’usfpéistes que ce qui définit l’attrait de notre parti tient à notre capacité de jeter les jalons de l’avenir pour notre pays et pour notre peuple. Ce qui veut dire que le facteur temps, à notre sens, s’oriente entièrement vers l’avenir beaucoup plus qu’il ne fait le panégyrique du passé.
La question est de savoir comment faire des forces populaires et particulièrement des nouvelles générations des forces populaires, une énergie essentielle pour demain et un acteur d’avenir par excellence ? Cette question nous impose de rénover le concept d’action et les formes de liens avec les nouvelles générations des forces populaires. En d’autres termes, que l’USFP devienne un réceptacle pour assimiler et être en adéquation avec leurs perspectives, leurs aspirations, leurs attentes et leurs préoccupations et qu’il se prépare et prépare ses idées, son discours et ses organes afin que ces générations réfléchissent politiquement en son sein, à ses côtés ou avec lui ou du moins qu’elles se retrouvent dans sa vision.
Ceci me pousse à insister sur quelques aspects essentiels, entre autres questions, touchant les domaines culturel, éducatif, religieux, linguistique, etc, et que je peux formuler dans les quatre points suivants :
Le premier point est lié à la nécessité et à l’importance de distinguer la loi du marché du libéralisme, sous couvert de la mondialisation. Ceci fait obligation à l’Etat de définir de nouveaux modes de sauvegarde de la cohésion sociale.
Dans ce même ordre d’idées, il convient de dépasser la vision qui accorde la prééminence à l’économique sur le volet social ; étant donné que la dynamique de développement repose sur l’interaction positive entre le social et l’économique : celui qui produit consomme par nécessité, et celui qui consomme participe à l’élargissement de la production. La vision unidimensionnelle nous renvoie vers l’histoire du capitalisme dans ses phases d’exploitation les plus sauvages.
L’intérêt accordé à l’entreprise, particulièrement en ce qui concerne son encadrement syndical. Par conséquent, la modernité sociale doit reposer sur la représentativité syndicale. Cette dernière se doit d’être démocratique aussi bien dans sa forme que dans son contenu, et favoriser l’esprit démocratique et l’approche contractuelle.
Il existe bel et bien une interpénétration entre ces deux éléments. Car sans syndicats et organisations politiques forts, il serait difficile d’imaginer une modernisation sociale et politique. Il serait même difficile de concevoir la stabilité. Toute stabilité dépend, en effet, de la solidité des représentations politiques et syndicales.
Ceci nous amène, par conséquent, à considérer l’importance de la présence, de la dynamique et des fonctions des composantes de la société civile, en tant qu’espace ayant ses spécificités, ses valeurs et ses limites. L’important est que nous lui garantissions les moyens de formuler les besoins particuliers et quotidiens, notamment ceux qui sont liés à l’avenir, à la démocratie dans sa globalité. Laquelle démocratie a réellement besoin de ces formes d’expression et d’organisation civiles, sans en faire une alternative aux partis et mouvements politiques.
On peut dire, en résumé, que le dernier programme électoral de l’Union socialiste a présenté des propositions et des idées nouvelles et progressistes dans ce sens même s’il n’a pas été compris comme il se devait. L’étape du 8ème Congrès national de notre parti viendra développer ces idées et ouvrira un large débat sur la question. Ce sera une étape à laquelle tous les militantes et militants usfpéistes doivent se préparer objectivement, s’ils tiennent à rechercher pour eux-mêmes un modèle différent, des perspectives pour se différencier et s’ils sont intéressés par l’amélioration de l’image de leur parti pour la rendre plus attractive et convaincante.
Ceci exige de nous tous de mener une réflexion sérieuse sur la nature de ce congrès qui doit être normal dans sa tenue, qualitatif dans sa méthodologie de préparation, démocratique dans sa représentativité et transparent dans sa gestion. Le congrès doit permettre à tous les usfpéistes de se retrouver dans ses orientations, ses choix, ses résultats et sa direction.
Je ne peux concevoir le 8ème congrès s’il n’est pas un congrès de réconciliation avec soi et entre tous les militants et militantes du mouvement ittihadi. Ceci impose la nécessité de faire prévaloir l’intérêt du parti sur les ambitions personnelles, et par conséquent d’en faire une partie de l’intérêt national.
Ainsi, nous devons nous préparer à un congrès national qui sera celui de tout le monde. Le congrès a besoin de nous tous pour réussir et formuler les bases d’un modèle pour les nouvelles générations des forces populaires et de nouvelles réformes ; un congrès qui traduit notre volonté collective d’édifier le parti-institution.
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