 Victime d'une attaque cardiaque, il a rendu l'âme le 20 décembre 2005 à 19h.
Une histoire du militantisme sincère et propre est donc mise à l’épreuve, non seulement parce que feu Si Abderrahman occupait le poste de secrétaire général du SNE (Syndicat national de l’enseignement) affilié à la FDT (Fédération démocratique du travail), et qu’il faisait partie du Bureau politique de l’USFP (Union socialiste des forces populaires), mais, parce que tout simplement le défunt incarnait en lui l’image et le principe du militant moderne et modeste.
A aucun moment, il ne cherchait à faire montre de ses capacités d’orateur ou d’intellectuel organique, car il l’était bel et bien et sans le vouloir, ou sans le démontrer ou le prétendre, alors que dans ce milieu l’imposture n’est malheureusement pas une donnée rare.
Abderrahman Chennaf, que Dieu ait son âme, n’a jamais été de ceux qui couraient derrière les postes de responsabilité et son dévouement à la cause des pauvres et des déshérités n’avait pas besoin de démonstration. Faut-il rappeler ses multiples combats pour le triomphe de l’expression libre et de la liberté d’action au sein du Syndicat national de l’enseignement durant les années soixante-dix, alors que la CDT ( Confédération démocratique du travail) constituait l’alternative syndicale, face à la bureaucratie et au pourrissement de l’action sociale ?
Faut-il rappeler ses séjours en prison pour la cause des travailleurs et de la symbiose entre la lutte sociale et l’action politique nationale ?
Grâce au SNE et à son dirigeant Abderrahman Chennaf, la lutte sociale a repris le droit de cité qu’elle devait occuper depuis toujours mais dont elle fut privée pour des raisons relevant essentiellement d’une compromission ayant coûté cher au pays et aux masses laborieuses.
Au cœur de toutes ses luttes, le défunt était présent. Son séjour en prison aux côtés de ses amis de la CDT et de l’USFP, dont le défunt Mostapha Karchaoui et Mohamed Karam, constituait une des épreuves dans lesquelles il a fait montre d’un courage exemplaire et d’un dévouement qui force le respect, d’autant plus qu’il fait honneur aussi bien au mouvement syndicaliste marocain qu’au parti des forces populaires.
Sisyphe n’est pas marocain, pourtant nombreuses sont ses similitudes avec les dirigeants de l’USFP: Face à la bureaucratie galopante, Si Abderrahman opta pour la défense des intérêts de son syndicat et de l’action moderne. Contrairement aux expériences passées, la lutte des enseignants n’est pas restée vaine. Le SNE a combattu coûte que coûte pour la sauvegarde de son autonomie et représenté pour d’autres syndicats un refuge et un exemple à suivre.
Autres batailles non moins importantes du défunt. Abderrahman Chennaf fut également un fin dirigeant politique et représentant authentique de la population de Ben Msick, qui l’a hissé à deux reprises au siège du Parlement.
Adieu Si Abderrahman.
Aziz Khamliche
Témoignages :
• Mohamed Benjellon Andalousi, de l'Union générale des travailleurs marocains.
"Je considère feu Abderrahman Chennaf à la fois comme un frère et un ami. C'est une personne de crédibilité et de confiance. Le défunt a fait du bien-être des enseignants, sa raison d'être, au détriment de son état de santé et de sa vie familiale.
Une longue relation d'amitié et d'action commune m'a lié au défunt Abderrahmane Chennaf. Elle remonte au début des années quatre-vingts. C'est justement cette relation qui nous a permis la réalisation de certains avantages sociaux au profit des enseignants marocains. Et c'est toujours cette même relation, noble et amicale, qui est à l'origine de la coordination de nos actes. En effet, depuis le 3 février 1986 nous avons, chacun au sein de son syndicat, initié ce processus de coordination entre nous.
Le décès de feu Abderrahman Chennaf est une grande perte pour le mouvement syndical au Maroc. Un homme qui vécut et mourut pour la grandeur de l'action syndicale dans notre pays. Le mouvement syndical national n'oubliera jamais les sacrifices de feu Abderrahmane Chennaf pour la défense des ouvriers et les fonctionnaires marocains. Abderrahmane Chennaf demeurera un symbole pour tous les syndicalistes. Que Dieu ait son âme."
• Allal Belarbi, secrétaire général du SNE (CDT)
"Le décès du regretté Abderrahman Chennaf m'a beaucoup affecté. Je n'arrive toujours pas à admettre cette réalité. C'est difficile à croire. Nous avons perdu un grand homme, un militant au vrai sens du terme qui a consacré toute sa vie au mouvement syndical. Le défunt était un démocrate qui ne ménageait aucun effort pour défendre les intérêts des enseignants. Intégre, fort, ses analyses ont toujours été profondes et pertinentes; il prenait toujours en considération l'avis des autres parties. C'était un leader pétri d'une vision d'unification qui a toujours accordé un grand intérêt à son comportement, ce qui a fait de lui un homme adoré et respecté par tout le monde, y compris les personnes qui ne partageaient pas ses idées ni sa vision des choses.
J'ai travaillé avec M.Chennaf depuis 1989 au sein du bureau national et il m'est difficile d'énumérer ses nombreuses qualités. La dernière fois que je l'ai rencontré, il m'a avoué que ce qui le distingue des autres militants, c'est qu'il a beaucoup enduré, gardant pour lui-même des réalités qu’il supportait mal.
La mort du regretté Abderrahman Chennaf va laisser un grand vide et tout ce que je peux dire en ces moments de douleur et de tristesse : que Dieu ait l'âme du défunt en Sa Sainte Miséricorde."
• Abdelaziz Ioui, membre de la direction de la FDT
“C’est difficile de résumer en quelques mots la personnalité et le parcours de feu Abderrahmane Chennaf. Il a sacrifié toute sa vie pour défendre les questions de l’enseignement et la mission auxquelles s’est assignée l’école. C’est un homme au vrai sens du terme qui a assumé ses responsabilités au sein du syndicat national de l’enseignement tout en restant fidèles à ces principes. Cet engagement lui a même valu la prison, mais feu Chennaf ne s’est jamais départi de ses principes.
Mais, ce qui m’a vraiment ému, c’est ce qui est passé lors de notre réunion samedi dernier. Une fois n’est pas coutume, feu Abderrahmane Chennaf a demandé de prendre la parole pour prononcer un mot d’orientation destiné aux secrétaires généraux et aux responsables des bureaux provinciaux en vue de préparer le neuvième Congrès du Syndicat national de l’enseignement. Puis il a demandé de prendre une photo avec tous les participants à cette réunion. Signe prémonitoire pour un adieu.
Ma relation avec lui s’est consolidée lors du 7ème Congrès du Syndicat national de l’enseignement. Je l’ai connu comme un homme modeste, qui aime les jeunes et aussi la vie. Il a toujours défendu les jeunes, en les propulsant au rang des responsabilités. La preuve, c’est qu’il n’a pas voulu se porter candidat au Bureau politique. Sa conviction était de donner plus de chance à l’actuelle génération des jeunes.
Optimiste, même dans les situations les plus délicates, feu Abderrahmane Chennaf n’avait jamais d’ennemi. Bref, c’est un homme de haut niveau. ”
• Miloudi Mokhariq, secrétaire national de l’UMT
“C'est un jour de deuil pour tous les militants et la classe des travailleurs au Maroc. Je l'ai connu en tant qu'un grand militant dans le secteur de l'enseignement. Il a rendu beaucoup de services à la famille de l'enseignement. C'est un homme bon, et intelligent.
Il a fait toujours preuve de sagesse et de clairvoyance, notamment dans les séances de dialogue social. Sa perte, constitue une déception pour toute la classe des travailleurs au Maroc. ”
• Abdelmoumen Chbari, membre du bureau national d’“Annahj Addimocrati”
“Le défunt est d’une rare qualité. Le décès de Abderrahmane Chennaf est une grande perte pour le mouvement politique marocain en général et le mouvement syndical en particulier. C'est un homme qui incarne une longue histoire de militantisme et qui a développé les capacités d’une grande résistance dans les moments difficiles qui ont marqué le Maroc durant plusieurs décennies. Feu Chennaf a prouvé sa qualité de militant lorsque son parti était dans l’opposition. Le défunt est également parmi les rares hommes politiques qui ont su entretenir, régulièrement, de bons rapports avec toutes les composantes de la classe politique marocaine et tous les courants politique. Dans les pires situations de divergence, l’homme a réussi à constituer ce lien solide entre les différents courants de la gauche.
En tant que représentant de la gauche marxiste des années 90 et d’aujourd’hui, nous exprimons notre profonde douleur suite à la disparition de ce grand syndicaliste et politicien. C’est également une perte pour nous du fait que c’est quelqu’un qui a su entretenir de bons rapports avec tout le monde même durant des crises. C’est une circonstance de présenter nos condoléances les plus attristées à sa famille politique et syndicale et à sa petite famille.”
• Patrick Gonthier, secrétaire général
de l’UNSA Education
Vice-président de l’Internationale
de l’Education
Très chers amis,
Avec la mort de Chennaf, le Maroc, le syndicalisme marocain, le syndicalisme enseignant mondial viennent de perdre un homme exceptionnel d’exigence et de passion.
Comme tous ses amis, nous sommes profondément affligés. Notre tristesse est grande.
Chennaf nous manquera car il incarnait la volonté de rapprocher les organisations dans leur diversité et de les faire dialoguer au-delà de leurs différences.
L’UNSA Education a perdu un ami, un frère.
Nous sommes de tout cœur avec vous dans cette épreuve.
Amitiés
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