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Les nouveaux partis servent-ils la démocratie ?

“Il y en a assez de ces nouvelles créatures qui défigurent le paysage politique marocain ! Nous sommes tous d’accord politiquement –Roi, élite politique, société- que notre champ politique est défiguré par toutes ces coquilles vides qui prétendent être des partis et continuent de pousser. Il y en a vraiment assez !". Il y a quelques semaines à peine, le chef du groupe parlementaire de l’USFP, Driss Lachgar, excédé, nous faisait cette déclaration. Excédé mais aussi et surtout fatigué de voir sans cesse le paysage politique se démultiplier, telle une cellule. Aux derniers jours de l’année 2005, les Marocains apprenaient que de nouveaux partis politiques allaient voir le jour. Depuis la naissance, aux derniers jours de l’année passée, du Parti de la Renaissance et de la Vertu d’un ex-PJD, Mohamed Khalidi, l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les partis n’allaient pas, contre toute attente, freiner les ambitions.
"Nombreux étaient ceux qui pensaient que certains prétendants à la chefferie allaient se dépêcher de créer des partis avant que la loi sur les partis n’entre en vigueur. Nous sommes dans un état de droit et chacun a le droit de créer un parti pour peu que la loi soit respectée. Mais tous ceux qui ont des velléités de Zaïm doivent savoir une chose : la nouvelle loi pénalise la multi-appartenance politique, les parlementaires n’ont le droit de changer d’appartenance qu’à la fin de la législature tandis que le financement des partis ne profitent qu’aux formations qui ont franchi le seuil de 5%. Il faut désormais penser à toutes ces nouvelles règles du jeu avant de procéder à la création d’une structure partisane", explique un constitutionnaliste.
Depuis sa publication au bulletin officiel, la loi sur les partis, vécue un peu trop vite comme la panacée contre l’effet multiplicateur de partis qui se dédoublent à l’infini, a vu naître deux nouvelles formations politiques, celles de Abdelkrim Benatik (un déçu de la CDT) et de Abdallah Azmani, l’ancien ministre de l’Union constitutionnelle.
Ce dirigeant usfpéiste est de ceux qui n’en finissent pas de se battre pour une rationalisation du champ politique, "sous forme de pôles démocratiques pour aboutir réellement à une vraie alternance". "La loi sur les partis n’est qu’un pas vers la moralisation de la vie politique. Le mode de scrutin retenu, c'est-à-dire la liste proportionnelle avec un seuil local de 7%, doit jouer un rôle essentiel dans une telle moralisation. La question de l’accréditation des candidats est tout aussi importante, sachant que seuls les partis ayant obtenu 3% des votes aux élections de 2002 peuvent aller aux élections, le cas échéant le candidat doit obtenir 100 signatures dont 20% provenant d’élus. Le système des pôles ne vient pas du néant mais bien du code électoral et des mesures retenues pour que la rationalisation de la vie politique entre dans nos moeurs".
Face à ces annonces de nouveaux partis, nés ou à venir, cet homme de gauche reste dubitatif. "La plaisanterie continue ! C’est là une démarche irrationnelle et à contre-courant de la nécessité de rationalisation du champ politique. Il n’y a pas de projet de société qui préside à la création de ces formations nouvelles ni de divergences majeures qui justifieraient leur sortie de la maison-mère. Je le dis très clairement : je ne me fais aucune illusion quant à leur capacité de mobilisation".
A la veille des premières élections organisées sous le règne de Mohammed VI, en 2002, de nouveaux partis avaient éclos ici et là comme dans un bon printemps. Les observateurs de tous bords avaient lié le phénomène de floraison partisane à la transition démocratique. Les lendemains déchanteront. Ces nouveaux venus sur la scène politique, sans projet réel ni programme différencié et dont les dirigeants avaient surtout des ambitions de calife à la place du calife, avaient contribué plus encore à l’éparpillement et l’émiettement du paysage politique. "Les mêmes raisons qui ont poussé à la naissance de nouveaux partis ces cinq dernières années continuent aujourd’hui. Il y a beaucoup de considérations d’ordre subjectif ou une idée surfaite de ces potentialités. Mais ils n’iront pas loin. En fait, ils iront là où sont allées les nouvelles structures qui les avaient précédés en 2002, c'est-à-dire vers le néant", s’exclame un membre du Bureau politique du PPS.
Même son de cloche du côté de l’Istiqlal. Au plus vieux parti marocain, on reconnaît être surpris par "cette multitude de partis créés alors que le discours du Souverain devant le Parlement appelait au regroupement et à la formation de grands pôles".
"D’autant que ces nouvelles créations s’inscrivent dans une période censée être révolue. On se retrouve bel et bien dans une logique de saucissonnage et de balkanisation, sans que ces partis ne s’inscrivent dans une logique idéologique différenciée", commente un Istiqlalien de la première heure. Pas de réaction officielle dans les rangs du gouvernement, si ce n’est une réaction liée "aux orientations du Souverain et des options de l’Exécutif sur la question", nous a confié une source proche du gouvernement qui parle volontiers de "sentiment mitigé". "Impossible de s’élever contre la création de nouveaux partis conformément à la Constitution et le code des libertés publiques. Mais la question qui se pose est de savoir quelle est la valeur ajoutée exacte que vont apporter ces nouvelles formations. Vont-elles se situer dans des créneaux politiques et idéologiques non occupés ? Vont-elles rénover le champ politique ? La réponse est bien évidemment non", affirme notre source gouvernementale.
Alors, au nom du respect des libertés, faut-il tout accepter, jusqu’à la défiguration de la vie politique marocaine ? "La liberté de créer des partis ne peut être gérée et régulée qu’à travers des instruments créés par une nation pour une vraie transition vers la démocratie. La démocratie ne peut l’emporter que si les citoyens sont placés devant des choix faciles à travers des pôles et des programmes clairs et différents les uns des autres et sûrement pas à travers 30 partis et autant de programmes qui se ressemblent au point de se confondre", conclut avec fermeté un membre dirigeant de l’Union socialiste des forces populaires.


Narjis Rerhaye

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