 Le patron du Parti socialiste français, François Hollande, est en visite officielle de deux jours au Maroc à partir d'aujourd'hui. Plusieurs sujets sont à l'ordre du jour de cet important déplacement dont, notamment la question du Sahara marocain, l'escalade que le Proche-Orient connaît, les relations maroco-françaises et l'immigration en rapport avec la conférence de Rabat.
M. Hollande sera accompagné de plusieurs personnalités membres de la direction du parti. Parmi elles figurent Pierre Moscovici, secrétaire international, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint au partenariat équitable et l'égalité des chances, Dominique Strauss-Kahn, Kader Arif, secrétaire national aux fédérations et Benoît Homon. Entretien.
Le Matin : Votre visite au Maroc succède à celle d'Alger, y aurait-il un lien quelconque entre les deux déplacements ? Sinon, dans quelle perspective cet agenda peut-il être classé ?
François Hollande : Je viens au Maroc à la tête d'une délégation importante du Parti socialiste, et suite à une visite que je viens d'effectuer à Alger pour montrer l'attachement de mon parti à l'ensemble du Maghreb. Ce déplacement s'inscrit à la veille d'échéances décisives en France. Et je veux ainsi confirmer que le Maroc, comme l'Algérie, constituent deux partenaires essentiels pour la mise en place d'une politique euro-méditerranéenne.
C'est aussi pour moi l'occasion de marquer l'attachement que je porte aux relations franco-marocaines pour l'avenir, et l'amitié qui me lie à l'USFP, c'est-à-dire un parti qui porte au Maroc les mêmes valeurs que nous, celles du socialisme démocratique.
- Quels sont les sujets phares dont vous discuterez avec vos hôtes marocains ?
Le premier portera, hélas, dans les circonstances actuelles, sur la grave crise que traverse une nouvelle fois le Proche-Orient, et le Liban en particulier. J'insisterai sur l'urgence de décider un cessez-le-feu et d'arrêter cette escalade.
L'ONU doit prendre rapidement les décisions appropriées et notamment l'envoi d'une force d'interposition. L'autre sujet majeur concernera la relation franco-marocaine. Elle est ancienne et ne cesse de s'approfondir. Mais nous pouvons encore l'enrichir sur le plan économique et culturel.
Enfin, nous aborderons les questions liées à l'immigration et la dernière rencontre à Rabat constitue une étape intéressante. Je viendrais dire tout simplement que je crois, sur ce sujet, aux vertus du dialogue et du partenariat entre nos deux pays. Enfin, j'aborderai avec mes interlocuteurs le sujet du Sahara qui doit enfin trouver son dénouement.
- Votre visite à Rabat serait-elle sans lien direct avec les deux dernières de Sarkozy ?
- Je ne me détermine pas par rapport à telle ou telle visite de quelque ministre que ce soit du gouvernement français. Et j'aurais du mal à suivre le ministre de l'Intérieur français, tant il est en mouvement perpétuel. Ma visite n'est fondée que sur le souci de préparer l'avenir et d'indiquer, dès à présent, les principes de notre politique extérieure. Enfin, je n'oublie pas les très nombreuses personnes qui vivent en France et qui ont des racines au Maghreb. Elles nous demandent, à juste raison, de rapprocher nos deux pays.
- Alors que tous les intervenants à la conférence de Rabat sur l'émigration se sont mis d'accord sur son importance en tant qu'étape stratégique vers un traitement valable de la question migratoire, les propos du PS se sont inscrits à l'antipode de cette tendance. Pourquoi ?
- L'initiative d'organiser une conférence euro-africaine sur la migration et le développement était bonne; nous avons simplement regretté que des volets aussi importants que celui de l'aide au développement et celui de la lutte contre la misère ne soient point à l'ordre du jour.
J'ajoute que cette méthode s'appuyant sur le dialogue entre pays d'émigration, pays de transit et pays d'accueil se rapproche de la conception que nous avons de l'immigration partagée. Car rien dans la maîtrise des flux migratoires ne se fera sans une réelle politique de co-développement et de partenariat.
- Si Jack Lang retrouve ses ambitions pour les présidentielles et Ségolène Royal son chemin vers l'électorat, en tant que premier secrétaire général du PS, n'êtes-vous pas finalement le candidat naturel aux présidentielles ?
- La seule question qui se pose au premier secrétaire du Parti socialiste que je suis, c'est de réunir toutes les conditions pour que la gauche gagne les élections en 2007. Nous avons adopté notre Projet pour la France, désigné nos candidats pour les législatives et nous travaillons maintenant pour le rassemblement de la gauche pour éviter la dispersion qui nous a fait tant de mal en 2002.
Le moment venu (mi-novembre), les militants auront à choisir celui ou celle qui leur paraîtra en capacité de gagner et de réussir dans le cadre d'un projet collectif et d'une conception des institutions fondée sur la responsabilité.
- Votre visite d'Alger a été qualifiée par les militants mêmes du PS d'électoraliste eu égard à son timing. Qu'en est-il de celle de Rabat ?
- Je ne pratique pas la diplomatie électorale. Le Parti socialiste français tient le même langage partout et quels que soient ses interlocuteurs. Mais ce serait un curieux paradoxe de renoncer à des déplacements dans des pays amis, au prétexte de la proximité des échéances électorales.
C'est, au contraire, parce que nous allons prendre des engagements importants devant l'ensemble du peuple français que nous avons à les présenter à nos futurs partenaires.
- Quel est le message que vous comptez faire passer à l'électorat français au Maroc ?
- Un message de gratitude. Car les Français qui vivent au Maroc contribuent à renforcer les relations économiques, commerciales, culturelles, humaines entre nos deux pays.
Je sais aussi que les questions de scolarisation ou d'accès à la santé les préoccupent. Et c'est pourquoi nous veillerons à renforcer la protection sociale des ressortissants français à l'étranger. Mais, je l'ai dit, je ne suis pas là en campagne électorale. Je ne confonds pas les genres ni les moments.
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Sahara : le Parti socialiste français pour des négociations directes entre toutes les parties concernées
Le premier secrétaire du Parti socialiste français, François Hollande, s'est déclaré en faveur de négociations directes entre toutes les parties concernées en vue d'un règlement de la question du Sahara.
"Le règlement de la question du Sahara n'a que trop tardé. Nous sommes pour une négociation directe entre toutes les parties", a affirmé M. Hollande dans un entretien accordé à la MAP, à la veille de sa visite au Maroc les 18 et 19 juillet, à la tête d'une importante délégation.
Pour François Hollande, le "Parti socialiste a vis-à-vis de ce conflit une position simple: la stricte application des résolutions de l'Onu", précisant que "c'est dans le cadre des Nations unies que la solution négociée sera consacrée".
En avril dernier, le Conseil de sécurité de l'Onu avait décidé à l'unanimité de proroger jusqu'au 31 octobre 2006 le mandat de la Minurso. Dans sa nouvelle résolution, le Conseil de sécurité avait également réaffirmé, une nouvelle fois, "sa volonté d'aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable" concernant la question du Sahara.
En réaffirmant "sa volonté d'aider les parties à parvenir à une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable" à la question du Sahara et en les appelant une nouvelle fois à "coopérer avec l'Onu pour progresser vers une solution politique", le Conseil de sécurité avait définitivement écarté le dernier plan Baker, dont le récent rapport du secrétaire général avait déjà sonné le glas en engageant les parties à ouvrir des négociations directes pour un règlement politique négocié.
Constatant avec regret la persistance de l'impasse politique, le secrétaire général de l'Onu, dans son dernier rapport au Conseil de sécurité, avait consacré la caducité de toutes les propositions antérieures, écarté l'intention de soumettre un nouveau plan et recommandé des négociations directes entre toutes les parties, seule démarche à même de permettre un règlement juste, durable et mutuellement acceptable à ce différend régional.
A l'instar de la communauté internationale, le Maroc avait lancé un appel aux autres parties pour s'engager de manière constructive et positive dans les négociations recommandées par les Nations unies pour mettre un terme à ce conflit qui handicape la construction de l'espace maghrébin, au bénéfice de la paix, de la stabilité et du développement humain dans la région.
Entretien réalisé par M. Moulay et M. Bentak | LE MATIN
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