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Restructuration de la lutte contre le terrorisme

La cellule terroriste Anssar Al Mahdi et l’arrestation ces dernières 48 heures de quatre femmes, au cœur de la conférence de Rabat.

Premier exercice médiatique du ministre de l’Intérieur ce jeudi matin 31 août qui donnait, à guichets fermés, dans le hall de la direction des collectivités locales une conférence de presse. Face au gotha médiatique, des télévisions aux agences de presse internationales en passant par journaux et autres hebdos nationaux, tous avaient fait le déplacement, et devant une haie de micros et magnétos, Chakib Benmoussa s’est prêté, sans filet, au jeu des questions-réponses. Le démantèlement de la cellule terroriste Anssar Al Mahdi était bien évidemment au cœur de la conférence de presse. L’actualité brûlante des présumés terroristes, l’arrestation ces dernières 48 heures de quatre femmes issues de catégorie sociale aisée, l’évolution de ce dossier ne se suffisent plus des seuls communiqués –du reste détaillés- du ministère de l’Intérieur. Benmoussa a vite compris qu’il fallait rencontrer la presse, l’informer in live pour que "Anssar Al Mahdi" ne devienne pas le long feuilleton de l’été.
Très vite, celui qui préside aux destinées du ministère de l’Intérieur en tandem avec Fouad Ali Al Himma annonce la couleur. Il s’agit bien d’une cellule terroriste extrémiste, d’inspiration salafya jihadya prônant la violence et qui était –et c’est le plus grave- prête à passer à l’action. Ceux d’Anssar Al Mahdi –dont 52 membres ont déjà été arrêtés en plus de quatre femmes- étaient extrêmement bien organisés. Entre recrutement et embrigadement, ils avaient également mis en place une aile militaire dont les membres s’entraînaient dans les montagnes du nord du pays. "Ils étaient fin prêts à passer à l’action et à exécuter leur funeste entreprise. Ils avaient d’ores et déjà identifié les sites touristiques et sensibles où ils allaient commettre des attentats. De même, ils avaient identifié les personnalités qu’ils allaient assassiner pour des raisons politiques ou de mœurs", martèle le ministre de l’Intérieur, qui la semaine passée avait répondu aux interrogations et aux inquiétudes des députés.
Dernière évolution du dossier, l’arrestation de quatre femmes –dont deux sont mariées à des pilotes de ligne de la RAM- qui auraient prêté assistance financière à la cellule terroriste. Ces quatre femmes –visiblement amatrices d’émotions fortes et surtout pleines d’admiration pour les attentats kamikazes commis en Irak et en Palestine- auraient contribué financièrement à l’achat d’armes et à l’organisation de voyages "ihadistes" en Irak. "Nous avons pu établir que ces femmes, toutes issues de milieux aisés, avaient des contacts avec la veuve de Karim Mejatti, celle-là même dont l’histoire avait subjugué les uns et les autres, et que leurs domiciles étaient des lieux de prosélytisme, de recrutement et d’embrigadement", révèle Chakib Benmoussa.
Le discours religieux extrémiste ne pousse plus désormais sur le terreau de la misère et de la précarité, passant de Sidi Moumen à Anfa. Eléments d’explication du ministre de l’Intérieur : "Nous sommes face à une mouvance idéologique qui transcende les couches sociales et exploite le sentiment d’attachement des Marocains à leur religion. Nous sommes en présence d’une mouvance bien organisée qui cherche à abuser d’un sentiment d’injustice devant des évènements internationaux. L’éducation religieuse est ici une étape seulement dans le processus extrémiste. On commence par l’éducation religieuse, puis le jihad en Irak pour en arriver enfin à l’acception du jihad en terre marocaine. Bref, il s’agit bien d’un processus construit dans le temps". Reste l’épineuse question de la restructuration du champ religieux entreprise depuis les attentats de Casablanca. La réforme aurait-elle montré ses limites, ne résistant pas à la montée du discours extrémiste ? "La réforme n’en est qu’à ses débuts. Il est bon que le débat puisse s’ouvrir sur les colonnes de la presse, qui pourrait ainsi faire œuvre utile. C’est un tel débat de fond qui pourrait aider à créer la vigilance nécessaire auprès de toutes les couches sociales", répond le locataire du ministère de l’Intérieur.
Depuis les toutes dernières arrestations, une réunion des sécuritaires et des ministres de l’intérieur et des transports a eu lieu à Rabat. Des mesures de prévention et de précaution ont été prises pour sécuriser l’ensemble des aéroports du Royaume. "A l’image de ce qui se fait partout dans le monde. Les aéroports et les avions sont des cibles privilégiées", déclare M. Benmoussa s’interdisant de parler de toute implication de pilotes. "L’enquête suit son cours. Il faut la laisser se poursuive dans des conditions objectives".
La menace terroriste était réelle autant que le danger, a affirmé en substance le patron des sécuritaires qui a balayé d’un revers de la main et tout en finesse les thèses de ceux qui tentent de semer le doute et jeter la suspicion sur l’arrestation des membres de "Anssar Al Mahdi", allant jusqu’à qualifier le dossier de "fabriqué par les services".
"Il faut laisser les forces de sécurité travailler dans un climat propice. Les citoyens attendent de l’Etat qu’il leur assure paix, sécurité et stabilité. Toutes les arrestations se sont déroulées dans le strict respect de la loi et les accusations de torture des inculpés sont dépassées. L’Etat est déterminé à lutter contre la menace terroriste. Une stratégie multidimensionnelle a été élaborée autour de quatre axes. Il s’agit d’abord de restructurer les forces de sécurité en charge de la lutte contre le terrorisme. Ensuite de combler le vide juridique qui existe en la matière. Le troisième axe est relatif au renforcement de la coopération dans la lutte contre le terrorisme et enfin de consolider les mesures préventives". Le ministre de l’Intérieur en est convaincu, la lutte contre le terrorisme est l’affaire de tous et tous, partis, société civile et médias doivent adhérer à un tel combat pour que soit "sauvegardé le projet de société de démocratie et de modernité" engrangé par le Maroc.

Narjis Rerhaye

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