|
C’était en janvier 1975 que l’USFP rompait officiellement avec l’«option révolutionnaire» et décidait de clarifier son référentiel par rapport aux différentes tendances à connotation marxiste, baathiste, bourgeoise ou encore islamiste qui cohabitaient au sein d’une structure partisane devenue stalinienne par la contrainte policière.
Le cap sur une lutte démocratique qui invite les forces populaires à s’unir autour d’un projet socialiste méritait donc un «congrès extraordinaire». La relation tendue entre la gauche et le régime allait par conséquent s’apaiser mais sous certaines conditions : l’initiative d’ouverture et les relations extérieures (bloc de l’Est et partis de gauche européens) devaient être conçues par le régime. Les eaux ont brièvement coulé sous les ponts et se présentait juste le temps de structurer les jeunesses ittihadiennes, de tenir congrès en 1978 et de fonder la CDT pour que la répression s’abatte de nouveau sur le parti. L’année 1981 a été celle de la révolution du pain au Maroc et de la victoire en France des socialistes avec lesquels Abderrahim Bouabid entretenait des rapports politiques durables. La corrélation ne serait pas fortuite lorsqu’on pose les questions suivantes : cette victoire n’aurait-elle pas précipité les évènements de juin à Casablanca? La présence de Michel Rocard, rival de François Mitterrand, au congrès de 1978, ne fut-elle pas un affront pour celui qui occuperait l’Elysée pendant deux septennats? Le chef d’Etat français n’aurait-il pas lâché les positions du leader socialiste concernant le Sahara, considérant que les enjeux relevaient des intérêts géostratégiques de la France? Cette perte de soutien extérieur qui s’exprimait aussi par le rapprochement entre Hassan II et Mitterrand ou le refus de dénouer l’affaire Ben Barka (Intervention de Mohamed Elyazghi auprès de Pierre Joxe, ministre de l’intérieur dans le gouvernement Mauroy) alors que le PS était au pouvoir, aurait-elle participé au déclenchement de la dynamique de réconciliation entre la direction de l’USFP et le régime? Les différentes interrogations ne s’inscrivent nullement dans un exercice révisionniste mais se veulent l’exégèse de la situation partisane actuelle. En effet, 1981 fut le tournant qui mènera le parti à voter «oui» pour la Constitution de 1996 et à former le gouvernement d’alternance. La problématique serait donc de savoir si l’année de l’assassinat de Sadate a mené l’Ittihad à l’impasse. La transformation d’un parti révolutionnaire en un parti de gouvernement a secrété quatre scissions qui marquent effectivement l’opportunité d’un point d’arrêt qui se veut favorable à l’appréhension des choix, méthodes, contraintes et objectifs à venir. On partira du postulat qui affirme que l’ordre contemporain, marqué par l’ouverture économique et une psychologie collective noyée dans l’existentialisme religieux, cerne d’une part la gauche gouvernementale et radicale entre le vent participationniste, la marée islamiste et la menace de disparition, et d’autres part prend en otage une population par sa soumission à la paupérisation, à la dénationalisation et au dédoublement identitaire. La conjoncture impose donc une réflexion de fond sur les outils de résistance et les moyens de parvenir au rétablissement de la confiance entre l’élite politique et le peuple dans l’objectif d’accompagner le pays d’une phase de transition à une situation post-démocratique. Ayant besoin d’institutions fortes et régulées qui transmettent la volonté populaire et mettent en avant l’efficience, le Maroc ne peut que se baser sur l’interaction de partis qui véhiculent des sensibilités dominantes, à savoir le socialisme, le libéralisme et le traditionnalisme. En revanche, l’héritage culturel d’une colonisation et d’une période d’indépendance, dans lesquels on tentait de diviser le pays à travers ses structures tribales ou partisanes, résiste aux volontés de modernisation, de rationalisation et d’institutionnalisation de l’Etat. A titre d’exemple, la résistance à cette culture de division a été menée par la dénonciation de Lumumba qui conditionna l’indépendance du Congo à son unité en réponse au projet fédéral du Roi des Belges ou encore par Fabius qui veut rassembler la gauche dans la perspective de 2007. En respectant cette méthode unitaire, par référence à l’architecture politique de Gramsci, le grand parti de gauche qu’est l’USFP doit donc mettre en osmose le front syndical, intellectuel et partisan avec l’entrisme institutionnel en soudant ses structures internes, rassembler la famille socialiste et permettre enfin la cohésion entre l’attente populaire et la revendication démocratique. Le second congrès extraordinaire, qui sera aussi celui de la commémoration du 41ème anniversaire de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, doit donc afficher la ferme volonté de l’union et du rassemblement. Il est dans l’obligation d’immuniser le mouvement en dépassant les sécrétions divisionnistes, de permettre pour l’avenir le débat interne sur des points fondamentaux de la préoccupation citoyenne, à savoir l’éducation, l’emploi, la justice, le service public, la santé, le pouvoir d’achat, la fiscalité, la décentralisation ou encore le culte et la laïcité, par la possibilité de mettre en concurrence différentes plateformes lors des congrès nationaux. Cette méthode devrait permettre, en cas de conflit, de recourir à une synthèse qui accorde les motions proposées sur la base de l’adhésion du congrès à chacune d’elles et dépendamment des résultats des votes obtenus. Cela permettra de préserver l’unité du parti dans la diversité et le dynamisme intellectuel, repositionner l’action militante dans des débats en phase avec la société et améliorer une organisation partisane capable d’affronter les défis du développement politique et économique du Maroc. Cela permettra d’entamer un processus de maturation d’un design politique basé sur des «courants» qui, dans l’état actuel des choses et des potentialités, ne feront que consacrer la malédiction du déchirement qui s’abat sur la locomotive socialiste depuis 1981.
Omar Mahmoud Bendjelloun
Membre du Conseil national de l’USFP
|