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Nouzha Chekrouni à la réunion du conseil de l'Internationale Socialiste au Chili:

Texte de l'intervention de Nezha Chekrouni, membre du Bureau Politique de l'USFP:

Cher camarade Georges Papandréou, Président de l’Internationale Socialiste,

Cher camarade Louis Ayala, Secrétaire Général de l’Internationale Socialiste,

Chers camarades Présidents des partis socialistes amis,
Chers camarades délégués,
Honorable assistance,

C’est pour moi une immense joie de prendre part aux travaux de la réunion du Conseil  de l’internationale socialiste, qui se tient à Santiago, par le biais de cette communication s’articulant autour du thème : « Les défis majeurs de la gouvernance mondiale».

Je souhaite tout d’abord vous faire part de toute ma satisfaction d’être parmi vous aujourd’hui à cette importante rencontre qui est présidée, pour la première fois, par Son Excellence la Présidente du Chili, Madame Michelle Bachelet.

Nous sommes donc réuni autour du thème fondamental de la gouvernance mondiale qui, faut-il le rappeler, est une remise en question des pratiques traditionnelles de gouvernance fondées sur la coopération internationale entre Etats nations ; ces pratiques ne permettant plus de résoudre les problèmes issus de la mondialisation. Il s’agirait donc de définir un corps de valeurs universelles qui inspirerait les "bonnes pratiques" tant au monde des affaires qu’aux gouvernements et aux organisations chargées de la régulation de la mondialisation.

En effet, face à des interdépendances entre les sociétés et entre l'humanité et la biosphère qui s'exercent à l'échelle mondiale, nous avons besoin de construire des régulations à la même échelle.

D’après la Banque mondiale, dans les 50 prochaines années, la population mondiale pourrait croître de 50 % et le produit intérieur brut pourrait quadrupler. Il ne fait donc aucun doute que la croissance démographique et économique à venir suscitera des tensions environnementales.

La gestion des ressources naturelles est un des domaines d'élection de la gouvernance mondiale. Cette gestion relève de principes généraux de gouvernance mais mérite aussi d'être approfondie à partir de sujets précis. Tels que la gouvernance de l'eau du local au mondial, la reconnaissance de la « dette écologique » des pays développés, c'est-à-dire la nécessité de gérer sur la longue durée l'équité d'accès aux ressources entre les pays du nord et ceux du sud.

Il importe de rappeler que l’accès inadéquat à des ressources en eau, qui peut représenter un obstacle pour la survie même de la population dans certaines régions du monde, représente une menace majeure pour la sécurité internationale. L’utilisation libre de l’eau est essentielle pour établir la paix entre des territoires interdépendants en matière de ressources naturelles.

D’autre part, on ne peut concevoir de bien être pour toute la population du monde sans développer les « biens qui se multiplient en se partageant », qui se mutualisent comme les connaissances, les savoir faire, les sciences, Internet, les logiciels... Or ces biens tendent à être privatisés et il convient de  promouvoir plus largement les principes de gouvernance mondiale adaptés à ce type de bien, en adoptant des règles internationales qui en préservent la gratuité et en facilitent le partage, et non pas celles du Marché.

Je tiens également à rappeler que le réchauffement climatique est l’un des défis les plus graves pour le développement durable de notre planète car il menace déjà notre environnement et, à plus long terme, les conditions de vie dans de nombreux pays.

Une réponse commune et responsable de la part de la communauté internationale est indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, parce qu’ils mettent en danger des ressources ou des domaines vitaux tels que l’environnement, l’alimentation, la santé, l’activité économique, la paix et la sécurité.

Dans cette optique, l’énorme potentiel de l’augmentation de la productivité énergétique est l’une des grandes réponses au problème du climat. Pour résoudre le défi climatique, il faut soutenir les économies d’énergie, utiliser moins d’énergie non recyclable et plus d’énergie renouvelable.

Aujourd’hui, les ressources  en hydrocarbures tendant à s’amenuiser, environ deux milliards de personnes n'ayant pas accès aux services énergétiques modernes et la demande énergétique mondiale devant augmenter de 60 % au cours des 25 prochaines années, cette situation risque d'entraîner un accroissement significatif des émissions de gaz à effet de serre liés au changement climatique.

Il est donc nécessaire de trouver  des sources d'énergie sûres et fiables à un prix réduit et promouvoir d’urgence le développement des énergies renouvelables et l’accès à celles-ci.  
Il incombe aux nations industrialisées avancées, responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre, d’aider les autres pays en développement à atteindre la durabilité économique et environnementale en partageant leurs technologies et leur savoir-faire.

Ils sont appelés, aussi, à assurer rapidement la mise en œuvre de l’Accord-cadre sur le changement climatique des Nations Unies, et des objectifs du Protocole de Kyoto. Ainsi, il est primordial de  prendre des mesures législatives et  adopter des réformes fiscales en matière énergétique, visant à pénaliser la consommation d’énergies fossiles tout en favorisant le recours aux énergies renouvelables et, enfin, rationaliser leurs politiques de transports.

La coopération Sud-Sud demeure également un levier indiscutable dans le développement des énergies renouvelables et, à ce niveau, il est impératif de mobiliser l’ensemble des ressources humaines et matérielles disponibles, afin de répondre efficacement aux défis du XXIème siècle en matière d’économie énergétique.

Chers camarades,

En tant que Socialistes, nous devons agir dans l’unité pour lancer un mode de gouvernance mondiale durable, qui s’appuie sur un processus de développement global, pratique et visible, et qui permette d’éradiquer la pauvreté, de promouvoir la coopération au développement et de faire progresser l’humanité.

Actuellement, les Etats fragiles représentent 14% de la population mondiale et près de 30% des personnes vivant avec moins de 1$ par jour. La communauté internationale doit se mobiliser pour promouvoir des instruments politiques adaptés et soutenir la construction de la paix et lutter contre les causes premières structurelles de fragilité.

Par ailleurs,  le Sommet mondial pour le développement durable, qui s’est tenu à Johannesburg en 2002, a reconnu la relation fondamentale entre paix, sécurité, justice sociale et solidarité en insistant sur le lien entre le développement durable et la bonne gouvernance.

La gouvernance démocratique mondiale doit intervenir si elle veut remédier aux conséquences négatives des effets de la mondialisation. Elle devra créer, d’une part, un système de normes sociales obligatoires, mitigeant les effets de la mondialisation économique et assurant que la compétition économique ne soit pas basée sur la surexploitation et, d’autre part, un système d’institutions internationales aidant à stabiliser l’économie mondiale. Ceci nécessite une réforme du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC ainsi qu’une régulation efficace du système financier international.

Cependant, faire face à la mondialisation, c’est également une question de gouvernance locale et nationale. Une nouvelle gouvernance à niveaux multiples, qui conjugue les stratégies et instruments mondiaux, régionaux, nationaux, sous-régionaux et locaux, est nécessaire.

Il me semble opportun de souligner que le Maroc a mis en place, ces dernières années, un système de gouvernance tant au niveau national que local qui  connaît des avancées dans certains axes de développement, notamment à l'échelon central de l'Etat au niveau duquel se développent des programmes de bonne gouvernance tels que le programme «villes sans bidonvilles», l’initiative nationale de développement humain «l'INDH», l'initiative nationale pour l'emploi «INPE»… qui sont des programmes menés dans un cadre de conception et d'action privilégiant la bonne gouvernance.

Quant au niveau local, le gouvernement marocain ne monopolise plus le développement social humain uniforme pour toute la société mais il s'en est dessaisi au profit des acteurs de proximité qui peuvent répondre aux besoins spécifiques à chaque région ; dans ce sens, notre pays s’attelle à poursuivre une politique de déconcentration administrative.

Le Maroc, conscient de sa responsabilité et de sa position géostratégique privilégiée, tente depuis quelques années de redéfinir et d'adapter son rôle à la nouvelle donne mondiale et ce, par l'encouragement du secteur privé et l'établissement de nouvelles relations avec les différents partenaires et acteurs de l'économie et de la société.

Cette nouvelle orientation vise à élaborer une stratégie de changement fondée sur les besoins des usagers, au moyen d'une relecture de l'organisation des services publics afin que l'administration étatique de proximité soit ouverte et à l'écoute. Cette stratégie passe par l'encouragement des actions de partenariat offrant la possibilité aux services de l'Etat de recourir à des opérateurs et à des prestataires extérieurs. Nous essayons d’appuyer le développement de liens transfrontaliers entre les organisations de la société civile du Nord et du Sud et de nourrir les réflexions sur des politiques d'intérêt commun.

Le Maroc attaché aux valeurs de la démocratie et des droits de l’homme et de la femme, a fait de la bonne gouvernance une priorité de son agenda politique. La régionalisation étant le socle de la bonne gouvernance, nous nous attelons à promouvoir des régions fortes avec de réelles prérogatives conciliant la démocratie représentative et la démocratie participative.

Par ailleurs, le Maroc, conscient que le développement durable du Maroc est lié au développement de toute la région du sud de la Méditerranée, le Maroc continue à œuvrer pour la règlement définitif de la question du Sahara qui, malheureusement, entrave sérieusement la construction du Grand Maghreb Arabe. Le Maroc affiche une vraie volonté de dialogue avec les parties concernées et est entrain d’élaborer un projet ambitieux qui octroierait une large autonomie aux sahraouis dans le cadre de la souveraineté du Maroc. A cet effet, Sa Majesté le Roi Mohamed VI a procédé à des larges consultations avec les parts politiques, ce qui est conforme à la volonté du conseil de sécurité aux Nations Unies qui appelle à une solution politique acceptée par tous.

Chers camarades,

A l’ère de la globalisation, notre monde est marqué par, les tensions, les incompréhensions et la recrudescence de la violence qui ont nourrit  les amalgames entre la migration clandestine et la lutte contre le terrorisme, ce qui a accentué les  écarts qui ne se font que s’élargir entre le Nord et le Sud.

Notre famille socialiste, attachée aux valeurs de la paix  et de la démocratie, se doit tout naturellement de défendre la diversité culturelle et d’oeuvrer pour l’instauration d’un nouvel ordre culturel international, axé sur les valeurs intemporelles de la tolérance, du dialogue et du respect de l’autre.

En corrélation avec ce qui précède, il est évident que des structures démocratiques, respectueuses des droits de l'homme, sont la base nécessaire pour promouvoir la liberté, l'égalité, la sécurité et la prospérité dans le cadre d'une société mondiale fondée sur la démocratie.

Nous sommes convaincus, de par notre option démocratique et notre approche à visage humaniste, que les processus d’intégration doivent s’appuyer sur la notion de la citoyenneté pleine et entière qui demeure indivisible, et qui n’est pas variable en fonction de la couleur ou de la religion ou encore du genre.

Enfin, nous ne concevons pas la démocratisation et la modernisation de nos pays sans une place et un rôle accru de la femme dont la promotion doit s’inscrire dans le cadre d’une politique visant l’instauration de mesures incitatives susceptibles de décourager la discrimination fondée sur le GENRE et devant parvenir à un développement économique de nos sociétés et à un partage plus équitable des ressources entres hommes et femmes.

A cette fin, les objectifs contenus dans la Plate-forme d’action de Pékin ainsi que d’autres actions et initiatives présentées dans le document final approuvé par la session spéciale de la 23ème Assemblée générale de l’ONU ‘Femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix au XXIème siècle, doivent être mis en œuvre.

Chers camarades,

Les événements douloureux récents au Moyen orient interpellent les mouvements palestiniens,  Fath et Hamas, sur la nécessité de conjuguer leurs efforts afin de se pencher sur tous les aspects de la recrudescence de la violence dans les territoires occupés et ce de manière concertée.

L'évolution de la situation et le caractère dramatique de certains de ses aspects ont démontré que la réalisation de la paix passe par la concrétisation des aspirations légitimes du peuple palestinien à la création d'un Etat indépendant sur son sol national, et par le retrait d'Israël des territoires syriens occupés et la préservation de l’unité, de la sécurité et de la souveraineté du liban.

Avant de clore mon propos, je voudrais rappeler que le Maroc, de par son soutien aux causes justes et de par sa conviction que l'avenir du bassin méditerranéen est tributaire de l'instauration d'une paix juste, globale et durable, appelle les responsables palestiniens et israéliens à réactiver les négociations et mettre en œuvre « la feuille de route ».

La situation au Moyen-Orient interpelle la communauté internationale en vue d’agir, de toute urgence, pour la reprise des négociations entre les parties en conflit sur la base de la légalité internationale et des résolutions onusiennes, afin de parvenir à une paix juste, durable et globale pour tous les peuples de la région et d’aboutir à une coexistence de deux Etats, palestinien et israélien.

En outre, le rétablissement de la stabilité dans la région exige l'intensification des efforts pour venir en aide au peuple irakien afin qu'il recouvre sa sécurité et sa stabilité tout en se consacrant à la reconstruction de son pays dans le contexte de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale.

Notre devoir, en tant que mouvement socialiste international épris des valeurs de liberté, de justice et d’équité, est de sensibiliser toutes les parties concernées pour parvenir, dans un esprit de maturité et de responsabilité partagée à un dialogue serein afin de réaliser une gouvernance mondiale efficiente et durable.

Je vous remercie de votre attention et je souhaite plein succès aux travaux de la réunion du Conseil  de l’Internationale Socialiste.

Habib El Malki: “C’est le social qui tirera la croissance vers le haut”


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