 Que pouvez-vous nous dire sur l'initiative des femmes itihadies qui, en célébrant le 8 mars de cette année, ont organisé un sit-in pour soutenir les femmes séquestrées dans les camps de Tindouf ?
Amina Benlouhidi : Cette initiative fait partie d'un ensemble d'initiatives incluses dans un programme de mobilisation et de communication préparé par le Secrétariat national des femmes itihadies. Ce programme s'inscrit dans le cadre de le mise en oeuvre des décisions et des recommandations du 5ème Congrès national des femmes itihadies. D'un côté, trouver une régularisation à la fois sereine et définitive de l'affaire de notre intégrité territoriale à travers le projet d'autonomie, et de l'autre, attirer l'attention de l'opinion internationale sur le drame humanitaire qu'endurent les femmes, les enfants et les personnes âgées dans les camps de Tindouf en violation totale des principes des droits humains dont la liberté d'expression et d'opinion.
Aujourd'hui, avec ce projet d'autonomie, il est très important d'écouter l'opinion des citoyens sahraouis et de leur accorder la possibilité de contribuer à l'organisation des mécanismes de cette autonomie, au lieu de se contenter de la laisser à la portée de ceux désignés par le pouvoir algérien. Malheureusement, ce dernier traite encore ce sujet avec despotisme, s'appuyant sur les moyens de répression contraires à la légalité internationale.
Quels sont les axes des prochaines actions des femmes itihadies dans ce dossier?
En collaboration avec la direction du parti, et en marge de ce sit-in, ainsi que l'appel que nous avons lancé au Secrétaire général de l'ONU, nous allons entamer une grande campagne au sein de l'Internationale socialiste des femmes pour expliquer l'initiative nationale pacifiste concernant le projet d'autonomie. Ainsi, comptons-nous continuer à renforcer la présence de nos organismes dans les provinces du Sud à travers l'organisation d'une série de rencontres de communication et des activités à vocation organisationnelle.
Les prochaines échéances électorales s'approchent.
Comment les femmes itihadies prévoient-elles la participation politique des femmes ?
Je pense, en toute objectivité que, depuis 1998, le Maroc a franchi une grande étape politique qui constitue le point de changement de son traitement des dossiers politiques et sociaux, dont le dossier de la participation politique des femmes. Pour revenir à l'évaluation de la participation des femmes dans les centres de décision politique -l'un des grands chantiers nouvellement ouverts- on peut dire que notre pays a, bel et bien, réalisé une évolution très significative, grâce au dynamisme du travail organisationnel et associatif des femmes et au mouvement féministe pour les droits des femmes. La majorité des partis politiques nationaux ont adopté le système du quota au profit des femmes dans les élections de leurs instances directionnelles et gestionnaires. A noter que l'USFP a été le premier à
entamer ce processus depuis son 6 ème Congrès national.
Aujourd'hui, au seuil des nouvelles échéances électorales, je pense que notre pays, par le biais de tous ses partis nationaux, doit consolider cette évolution réalisée dans ce domaine, à travers la candidature des femmes dans les élections locales.
Cela joue un grand rôle dans la concrétisation de la citoyenneté et la pratique démocratique.
A votre avis, quels sont les acquis nationaux sur lesquels on peut s'appuyer dans le domaine de l'égalité ?
Depuis 1998, l'engagement politique du gouvernement d'alternance a réussi à mettre en place une série de stratégies et de plans d'action au niveau national et sectoriel en intégrant l'approche du genre comme outil d'analyse et d'intervention et de révision de nombreuses législations. Ce qui a permis d'éradiquer plusieurs aspects discriminatoires. Sur le plan législatif, on peut citer déjà, "la Moudawana", la révision de la loi pénale et de la procédure pénale, l'adoption du Code de nationalité..
En ce qui concerne les outils de planification, on peut noter la stratégie d'intégration de l'approche des catégories sociales dans les politiques et programmes de développement, et le lancement d'une série de réformes du budget général de l'Etat, fondées sur les indicateurs de qualité initiés par le Ministère des Finances et de la Privatisation. Il est à signaler aussi que parmi les principaux objectifs du Ministère de l'Education et de la Formation, réside celui de réduire les différences entre garçons et filles par la promotion de la scolarisation des filles et la mise en application des grands axes de la
stratégie nationale de lutte contre la violence faite aux femmes.
Quelles sont les attentes des femmes ittihadies en vue de renforcer l'intégration de l'approche du genre social dans les politiques de développement?
Les nouvelles doléances qui ont été adoptées par le cinquième congrès national des femmes ittihadies, visent le renforcement de l'intégration de l'approche sociale dans toutes les politiques ainsi que dans l'ensemble des programmes de développement à l'échelle nationale et régionale. De la sorte, l'on serait sur la voie de compléter les éléments édifiant un projet sociétal démocratique et moderniste. De même qu'une telle approche permet de consolider les acquis réalisés par notre pays depuis 1998 pour faire face à toutes les exclusions relevées dans plusieurs domaines entre hommes et femmes.
Quelles sont donc ces nouvelles requêtes de réforme?
Nous proposons la mise en place d'une instance nationale pour l'égalité, présidée par le premier ministre, dont le rôle consiste à suivre et à évaluer les politiques nationales adoptées. Elle doit aussi proposer des mesures visant à orienter la politique nationale de lutte contre les exclusions enregistrées dans des secteurs comme la santé, l'éducation, la formation... Nous proposons également la révision des structures administratives des institutions étatiques et les conseils élus, avec pour but, la création de services administratifs du genre social.
Quelle évaluation faites-vous aujourd'hui sur le code de la famille?
Nous appelons à mettre un terme et à faire face à des pratiques qui débouchent sur des difficultés entravant la mise en exécution des jugements, tel celui de la pension en cas de divorce et ce, à travers la création d'une caisse de la solidarité familiale. De même qu'il est important de mobiliser les moyens nécessaires afin de renforcer les capacités des tribunaux de la famille, de former les juges pour une application correcte des dispositions du code et
d'opter pour l'unification de la jurisprudence dans tous les tribunaux de la famille.
Quelle place occupe la femme aujourd'hui au sein de l'USFP?
Nous pouvons dire aujourd'hui que le paysage organisationnel au sein de l'USFF est en train de changer. Après le septième congrès national du parti, tous les responsables veillent à ce qu'il y ait respect du quota de représentativité de jeunes et de femmes au sein des instances du parti. Certes, cette présence est loin de nos aspirations, mais avec le
temps, la mobilisation des militants et militantes,ainsi que l'initiative d'ouverture du parti, le but escompté pourrait être atteint. |