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Entretien
Mohamed Elyazghi : L’USFP en ordre de bataille électorale
L’USFP a inauguré sa rentrée politique avec deux grands rendez-vous qui ont marqué l’actualité de cette fin de semaine passée. D’abord la réunion du conseil national, une rencontre très attendue par les observateurs et ensuite la commémoration du quarantième anniversaire de l’assassinat de Benbarka, alors que l’IER achève sa mission dans quelques semaines.
Conseil national, Benbarka, Koutla, loi électorale, alliances et préparatifs pour 2007, c’est de tout cela que le premier secrétaire de l’USFP, Mohamed El Yazghi, a entretenu « Libération »
Le conseil national de l’USFP s’est réuni vendredi, un conseil national fortement attendu par les observateurs de la chose politique. Comment se sont passées les retrouvailles de la famille usfpéiste et quels ont été les points forts de ce conseil ?
Cette deuxième session du conseil national était effectivement attendue, y compris par les membres du conseil parce que la première session avait été consacrée à l’élection des membres du bureau politique. Pour cette seconde session, nous avions en chantier une série de choses. D’abord, il s’agissait de mettre en œuvre les décisions de notre congrès en ce qui concerne nos structures. Ce conseil s’est penché sur l’élaboration de nos statuts et de notre règlement intérieur. Il a adopté les statuts et a mis en chantier le règlement intérieur en constituant une commission qui va procéder à la rédaction finale de ce texte après tout le débat dont il a fait l’objet. Le conseil s’est réparti en quatre ateliers : statuts et règlement intérieur… Je voudrais aussi souligner qu’un atelier s’est penché sur la question de l’organisation, dans le sens de travail sur le terrain c'est-à-dire préparer nos congrès régionaux, préparer le congrès de notre Jeunesse qui doit se tenir l’année prochaine ainsi que celui du secteur féminin et mettre en place les commissions de travail. Nous avons élaboré les méthodes de travail de ces commissions. Il s’agissait aussi pour le conseil national de faire le point sur la situation politique et la perspective des élections 2007. Le conseil a décidé que soit commencé dès maintenant la préparation de notre programme électoral. Nous nous sommes fixés des objectifs jusqu’à la fin de l’année prochaine pour élaborer et présenter au peuple marocain un contrat. La préparation des élections de 2007 prévoit également des alliances, tel que cela a été décidé par notre congrès. Le Conseil national a décidé de reprendre consultation avec le parti de l’Istiqlal et de relancer la Koutla en redéfinissant sa charte et aller dans la perspective de l’unité de la famille socialiste. Nous avons d’ailleurs enregistré avec satisfaction la décision de nos camarades du PSD qui vont réunir leur congrès à la fin du mois de novembre et qui ont choisi d’intégrer l’USFP. « Il faut actualiser la charte de la Koutla et la mettre en accord avec l’évolution du pays. Il faut aussi l’ouvrir à d’autres partis »
Est-ce quelque chose que vous recommandez ? Que les autres partis de gauche rejoignent l’USFP qui peut se faire locomotive d’un grand pôle de gauche, est-ce là la seule issue possible ?
Toutes les formules sont possibles. Nous pensons que la formule choisie par nos camarades du PSD est la meilleure. Mais d’autres pistes peuvent être explorées.
Vous dites qu’il faut redéfinir la charte de la Koutla. Cela signifie quoi exactement, ouvrir le bloc démocratique à d’autres partis ?
L’ouverture de la Koutla à d’autres partis fait également partie de la redéfinition de la charte. Il faut tenir compte de toute l’évolution sachant qu’elle date de 1992. Beaucoup de choses ont changé dans le pays, dans le monde. Avec la loi sur les partis, ce sont de nouvelles perspectives qui s’ouvrent au peuple marocain. Il faut actualiser cette charte et la mettre en accord avec toute cette évolution. La phase de transition démocratique doit aboutir en 2007 à une clarification et un choix définitif de l’Etat de droit.
On l’a vu lors des débats en commission relatifs à la loi sur les partis. Une étroite collaboration USFP/ Istiqlal a vu le jour. Les deux partis ont présenté des amendements communs. Est-ce à dire qu’aujourd’hui l’USFP et l’Istiqlal ont des relations privilégiées ? Une qualité de relations qui peut augurer de quelque chose pendant les élections?
Absolument. Le conseil national a discuté les perspectives d’un programme commun pour les élections de 2007 quelle que soit la formule ou la participation. Cela dépendra de la loi électorale et du mode scrutin. Mais l’idée a été défendue vendredi d’un programme commun même si on présente des candidats chacun de son côté.
Justement, quel mode de scrutin allez-vous défendre?
Nous continuons à discuter de cela. Et nous pensons que le point le plus important de la loi électorale va concerner le mode de scrutin. Les avis sont très partagés. Le mode de scrutin par liste proportionnelle, à condition qu’il soit amélioré et qu’il y ait un seuil, de 10% peut être une bonne chose
Avez-vous eu des promesses de l’Intérieur en ce qui concerne le seuil de représentativité ?
Si le financement tient compte d’un plafond situé à 5%, le débat sera ouvert de nouveau lors des débats sur la loi électorale. C’est la seule manière d’aboutir à des pôles comme le souhaite SM le Roi, lui-même.
Des groupes de travail ont été constitués au conseil du conseil national de l’USFP. Peut-on dire qu’aujourd’hui l’action politique est condamnée à se professionnaliser ?
L’une des décisions de notre septième congrès, c’est précisément de moderniser notre parti. Moderniser le parti, c’est aborder toutes les questions de manière efficace et avec les instruments que permettent les lois, les techniques.
Les discussions autour du règlement intérieur du parti étant bouclées, que faut-il retenir de ce texte ? Donne-t-il un nouveau visage à l’USFP sur le plan interne?
Cela donne un nouveau visage à l’USFP parce que la dimension régionale va prendre une importance très grande.
On débat beaucoup au sein de l’USFP, y compris par presse interposée. Comment se porte la maison USFP aujourd’hui ?
Elle se porte bien ! D’ailleurs l’atmosphère très amicale des travaux du conseil l’a montré. On peut dire que j’ai été agréablement surpris par l’ambiance dans laquelle s’est tenu ce conseil national.
Samedi a eu lieu la commémoration du quarantième anniversaire de l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka. L’USFP attend que l’Etat fasse toute la vérité sur ce crime que l’on dit presque parfait. Concrètement qu’attendez-vous de l’Etat et comment la vérité doit-elle être faite ?
D’abord, il y a la décision de l’Etat de répondre à la commission rogatoire du juge français. C’est une décision importante. Pendant 40 ans, le Maroc a refusé aux juges d’instruction français d’interroger les personnes qu’ils souhaitaient interroger. Il y a plusieurs mois, il y a eu des commissions rogatoires. Maintenant le juge français va lui-même venir au Maroc fin novembre. Bien entendu, il faut que toutes les questions soient posées. Toutes les personnes citées dans les documents français que le juge souhaite interroger doivent l’être. L’Etat français a levé le secret défense sur la quasi-majorité des documents avec tout de même une restriction selon laquelle ces documents sont mis à la disposition du juge d’instruction. Les avocats n’y ont pas eu accès.
Pensez-vous que l’Instance Equité et Réconciliation ait les moyens de faire la vérité sur cette affaire ?
Lorsque nous avons remis notre mémoire à l’IER, nous avons demandé à ce que tous les services de l’Etat, toutes les structures collaborent avec l’Instance.
Pensez-vous qu’il existe une volonté politique pour que la vérité éclate sur l’assassinat de Mehdi Ben Barka ?
Le discours de SM le Roi prononcé à l’occasion de l’installation de l’IER était très clair, même si dans le texte constitutif de l’IER la recherche de la vérité n’est pas expressément mentionnée. Le Souverain a appelé l’Instance à faire éclater la vérité sur toute cette période de violations graves des droits humains.
A quel moment le travail de deuil pourra-t-il commencer pour la famille politique de M. Benbarka ?
Lorsque le rapport final de l’IER sur toutes les pages sombres de l’histoire du Maroc et la partie concernant Benbarka, sera présenté , nous allons analyser les conclusions de l’Instance.
Le fait que vous commémoriez de manière remarquable le quarantième anniversaire de l’assassinat de Mehdi Ben Barka, c’est pour envoyer quel message ?
Un message sur la lutte pour une monarchie constitutionnelle qu’a mené Ben Barka et pour faire le lien entre cette nouvelle loi sur les partis et toute cette lutte menée par Ben Barka et ses camarades depuis le début de l’Indépendance pour construire un Etat moderne, démocratique et faire en sorte que le Maroc puisse entrer dans son siècle armé de la démocratie et de la volonté d’aller de l’avant, trouver des solutions à ces problèmes économiques, sociaux, etc et avoir enfin sa place dans le monde. Ce quarantième anniversaire a été un jalon spécial pour l’USFP.
Vous parlez d’Etat démocratique. En appelez-vous à une réforme de la Constitution ?
Notre congrès a décidé une réforme constitutionnelle, politique et réglementaire…
Faut-il que cela se fasse avant les élections de 2007 ?
En tout cas, nous allons présenter quelque chose avant 2007.

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