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Entretien
Notre appréciation de l'expérience gouvernementale est positive, mais avec un regard critique.
Notre appréciation de l'expérience gouvernementale est positive, mais avec un regard critique.
• Maroc Hebdo International: Votre parti vient de prendre une initiative importante en termes d'ouverture sur les différentes composantes de la société. Pourquoi une telle initiative et pourquoi maintenant?
Cette initiative intervient aujourd'hui précisément parce que, pour nous, les échéances de 2007, ce n'est pas un rendez-vous ordinaire. Nous sortons d'une longue période que nous qualifions de transition démocratique depuis 1998. Nous souhaitons que 2007 puisse constituer un saut qualitatif pour arriver à une situation normale et une démocratie consolidée. C'est pour cela nous avons voulu sensibiliser non seulement les militants, mais l'opinion publique avec eux. Cette opération a un côté pédagogique. Nous sommes interpellés par l'ensemble des Marocains sur le bilan de cette expérience pour savoir où sont les lacunes et les handicaps qui n'ont pas permis une cadence plus rapide des réformes. C’est pourquoi nous allons écouter les citoyens. Nous demandons une évaluation objective de deux expériences gouvernementales dans lesquelles l'USFP a été associée: la première nous avons eu la primature et la deuxième nous participons activement à un gouvernement de coalition.
Quel regard portez-vous sur cette expérience?
J'y porte un regard positif, en ce sens que notre pays a mis en place tout un train de réformes qui marquent précisément cette période. Ce sont des réformes qui restent sans précédent pour l'histoire contemporaine de notre pays. Mais nous devons aller beaucoup plus loin dans ces réformes. Le Maroc a besoin de nouvelles réformes.
Y a-t-il donc un sentiment d'inachevé pour les réformes engagées?
Je ne peux pas dire inachevé, mais les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des sacrifices et des attentes.
Peut-on connaître les domaines où les résultats des réformes sont loin des attentes?
Vous savez, c'est une question à laquelle nous répondons à travers la définition d'un certain nombre de points d'appui et de clefs d'entrée dans notre projet de programme que nous mettons au coeur du débat public. Il y a des questions importantes qui nous interpellent, notamment celle du développement durable, comment y parvenir et par quels moyens. Nous devons présenter des projets réalisables et réalistes. Toutes ces questions qui se posent à notre pays, qui doit faire un saut qualitatif, nous avons encore quelques années devant nous pour faire ce «take-off», sinon la situation sera problématique. Il faudra rattraper le retard, qui reste énorme. Notre appréciation de l'expérience gouvernementale est positive, mais avec un regard critique. Nous pouvons exprimer une certaine satisfaction à l'égard de cette action dans le cadre de la coalition gouvernementale, malgré les problèmes et les difficultés. L'expérience consolidée est très appréciable. Nous avons aujourd'hui une certaine stabilité et une certaine cohérence dans l'action de ce gouvernement, en dépit de certaines difficultés. Il y a un rôle positif joué par le Premier ministre. C'est une majorité qui va présenter ce bilan la tête haute.
Dans votre discours de lancement du processus de préparation du programme électoral, vous avez tenu à exprimer une appréciation positive quant à la manière dont les partis démocratiques ont développé un travail en bonne intelligence avec l'institution royale.
Vous savez, à l'USFP, nous nous rappelons lorsque feu Hassan II s'est adressé au peuple pour lui dire que le pays est au bord de “l'arrêt cardiaque”, il avait alors fait son autocritique, lui qui avait dirigé le pays de manière presque absolue. Cette autocritique nous a amenés à faire un geste également de notre côté en acceptant la constitution de 1996. C'est cela qui a ouvert au Maroc cette phase de conciliation et de réconciliation avec son passé, avec ses régions, la culture amazighe, la femme. La démonstration a été faite que c'est ce même contrat social qui a présidé à la libération du Maroc et cela procède du même esprit. Vous savez, avant 1998, nous étions dans une société bloquée. Bien entendu, dans le cadre de la gestion courante, il va y avoir des temps d'arrêt et des erreurs. C'est précisément ce débat que nous voulons. Nous voulons savoir s'il y a eu des erreurs qu'il va falloir corriger.
A l'égard de vos amis de la gauche, vous tenez un langage de mobilisation?
Nous estimons que la famille socialiste doit considérer l'USFP comme le soutien et l'allié fondamental. Comme je le dis souvent, on peut ne pas être d'accord et sur l'analyse de la situation et sur la manière d'avancer. Nous voulons éviter à la famille socialiste du Maroc de tomber dans les erreurs. Ne pas suivre l'exemple de la gauche radicale d'Espagne, qui voit dans le Parti Socialiste ouvrier l'ennemi à Abattre. Mais, au contraire, suivre celui de la gauche radicale d'Allemagne, qui s'est alliée avec la social-démocratie. J'ai une deuxième remarque, celle de ne jamais renier les évolutions constatées sur le terrain. Le Maroc connaît une évolution certaine au niveau de l'Etat, de la société, de l'économie, etc. La gauche socialisten'a aucun intérêt à ignorer cette évolution. Aujourd'hui, la société marocaine n'est plus une société bloquée.
Jusqu'où l'USFP est-il prêt à aller pour rassembler cette gauche?
Il est prêt à aller très loin dans cette voie, toutes les formes de rapprochement sont envisageables. Nous avons eu une expérience avec nos amis du PSD, c'est une opération extraordinaire. Mais ce n'est pas la seule formule, il existe d'autres formes de coopération et de solidarité.
Y compris dans le cadre des échéances de 2007?
Absolument.
Avez-vous un schéma pour les coalitions futures à l'horizon des prochaines consultations? Est-ce qu'il y a un SMIG politique pour faire les coalitions de demain?
Nous sommes déjà engagés dans la Koutla démocratique, au sein de laquelle nous avons un accord sur des objectifs et des principes. Cet accord sur les objectifs peut s'accommoder avec le mode de scrutin que nous avons, le scrutin de liste à la proportionnelle, qui convient à toutes les sensibilités. Nous avons essayé, au sein de la majorité, de rationaliser ce mode de scrutin avec, d'une part, le seuil de 6% et des conditions minima pour l'éligibilité. Nous espérons qu'avec ça nous pouvons éviter la mosaïque d'antan. C'est un mode de scrutin qui n'exclut personne. Contrairement au scrutin uninominal à un tour, qui permet d'emporter le siège même si nous n'avons qu'un faible pourcentage de voix. Certes, dans les pays démocratiques, c'est un mode de scrutin qui a donné lieu à la formation de blocs politiques distincts, mais il a été dévoyé au Maroc.
Pensez vous que l'USFP a toujours cette capacité de mobilisation de l'opinion publique?
Absolument, c'est tout à fait juste à travers ces démarches, qu'elles soient internes ou externes, telle l'ouverture de l'opération d'adhésion, dont les résultats définitifs seront connus après le mois de mars 2007. Mais je puis vous dire dès maintenant que la qualité des femmes et des hommes qui nous ont rejoints est absolument impressionnante.
Il y a une question qui doit revenir souvent dans les entretiens avec les médias: sous quelles conditions seriez vous prêt à travailler avec le PJD?
Nous sommes très bien dans la coalition actuelle. Le PJD, au contraire, ne trouve rien de bien dans notre programme et dans notre méthode de travail. Alors, je ne vois pas comment on pourrait travailler ensemble, sauf s'il dit qu'il s'est trompé. Cela dit je trouve que l’on surestime trop le poids du PJD!
Propos recueillis par Driss Aissaoui

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